Indochine, la passe de 13

Le groupe Indochine sort son 13ème album studio, "13". © Hidiro

Treizième album pour le groupe de rock en noir amené par Nicola Sirkis. Indochine retrouve ses marottes : romantisme adolescent, ambiguïté sexuelle et musique synthétique. Pour ce 13 fleuve, il a travaillé avec l’actrice italienne Asia Argento, et retrouve Jean-Louis Murat et Mickaël Furnon de Mickey 3D.  En plein cœur de leur marathon promotionnel, rencontre avec le chanteur Nicola Sirkis et le guitariste Olivier Gérard, alias oLi dE SaT.

RFI Musique : C’est le treizième disque d’Indochine. Est-ce un "13" porte-bonheur ? Ou un écho aux attentats du vendredi 13 novembre 2015, au Bataclan ?
Nicolas Sirkis :
Ouh là... C’est le treizième album du groupe, considérant le fait que pour un groupe de rock, c’est déjà un exploit d’en arriver là. Qu’il soit attendu comme le nôtre, c’est magique. Effectivement, les deux dernières années ont été chaotiques, mais il n’y absolument pas de connotations superstitieuses ou quoi que ce soit d’autre.

Dans le morceau Un été français, vous chantez : "Pardonne-moi si ici tout devient froid national, un pays infernal, à nous la petite mort." Vous avez rarement été aussi direct avec un texte qui prend une position claire contre l’extrême droite !
NS : Notre premier morceau s’appelait Dizzidence politik. Cela faisait : "Dissidence politique,  hôpital psychiatrique, Staliniste politique". Donc, ce n’est pas une nouveauté. Ce qui est nouveau, c’est que cela colle à l’actualité. Mais c’est une farce politique et poétique, ce texte. Quand j’étais en train de l’écrire, on était au mois de mars 2017, à trois mois des élections. Je me disais : "Mais si ça se trouve, dans trois mois, on risque d’avoir un président d’extrême droite." Et par l’Histoire, on sait ce que ça donne. J’ai déliré là-dessus.

Dans la chanson La vie est belle, dont la musique a été composée par Mickaël Furnon (Mickey 3D), vous dîtes : "La vie est belle, et cruelle à la fois". Qu’entendez-vous par là ?
NS : "La vie est belle et cruelle à la fois, elle nous ressemble parfois." Cela veut dire que dans chaque histoire d’amour, il peut y avoir de la cruauté. Mais je commence surtout la chanson par : "Moi, je suis né ici pour n’être qu’avec toi." Ce qui veut dire que, quoi qu’il se passe, il faut que la vie soit belle, ensemble.

oLi, vous avez composé l’essentiel des musiques de 13. Il y a une fois de plus une influence qui est très présente chez vous, c’est celle des Américains de Nine Inch Nails et de l’indus.
oLi dE SaT : Quand j’écoutais Nine Inch Nails, j’allais toujours aux concerts d’Indochine. Même si c’est un groupe beaucoup plus violent, leur tout premier album ressemble beaucoup à du Depeche Mode, comme pouvait l’être Indochine au début. Avec beaucoup de claviers et des séquences synthétiques. Pour ce disque, Nicola s’est acheté du matériel qu’utilisent les DJs, des MPC, des logiciels, des choses faites pour l’électro. Cela se ressent dans la production et la composition, parce qu’on compose vraiment différemment avec ces machines qu’avec un piano ou une guitare, sur lesquels on plaque des accords.

Indochine touche plusieurs générations : celle des quinquagénaires, des trentenaires, et puis les adolescents. Qu’est-ce qui fait que vous êtes un groupe intergénérationnel, selon vous ?
NS :
Je ne sais pas. Je n’écris pas en pensant à une génération en particulier. Je ne suis pas une agence de tendances. J’écris ce qui me passe par la tête, mes états d’âme, sans être autocentré. Et puis apparemment, ce que je raconte plaît aux gens de tout âge, et ça leur parle directement. J’ai un peu de chance là-dessus, oui.

Mais avez-vous l’impression d’avoir 58 ans et d’être beaucoup plus jeune dans votre tête ?
NS :
Je n’ai pas l’impression d’avoir 58 ans, parce que cela me paraît totalement irrationnel. Maintenant, je me suis toujours senti beaucoup plus adulte dès l’âge de 15 ans que beaucoup d’adultes aujourd’hui. Non, je ne me sens pas une âme d’enfant. On a dit que j’étais "adulescent", mais c’est faux. Je ne me retourne pas sur mon adolescence ou mon enfance. J’ai juste des regrets que l’univers se rétrécisse, c’est tout. Après, j’ai la chance d’être en bonne santé. (Imitant la voix chevrotante d’un vieillard) Pourvu que ça dure...

Dans la chanson Gloria, que vous chantez avec l’actrice italienne Asia Argento, vous dîtes : "Gloria, à nos fantômes", et l’on pense forcément à votre frère, Stéphane Sirkis, décédé en 1999. Vous dîtes aussi que vous avez vu mourir vos héros. Mais qui sont vos héros ?
NS :
Mes héros, c’était l’écrivain J.D. Salinger ou David Bowie. Je vois que j’arrive à un âge où les gens que j’admirais quand j’étais jeune disparaissent, parce que c’est la logique du temps. Et puis, je suis triste pour eux, pour leurs proches. Pas pour leur œuvre, parce qu’elle est intemporelle. Si je n’avais pas rencontré Bowie à moment donné, je n’aurais jamais fait de musique. Les premières années où je l’ai rencontré sur des albums comme Diamond Dogs ou Aladdin Sane, c’était la musique que j’avais envie d’entendre. Enfin, il se passait quelque chose.

Une fois de plus, vous allez parcourir les Zéniths de France et jouer trois fois à l'Accor Hotels Arena pour cette tournée. Qu’est-ce qui vous transporte dans ces grands concerts ?
NS : Le partage, la communion ! Le fait que le concert reste l’un des derniers espaces de liberté. Il y a très peu de contraintes par rapport à la vie et à la société. Cela reste un moment privilégié d’hystérie collective, mais dans le bon sens du terme.
odS : Quand on a fait le premier concert au Stade de France en 2010, j’étais très surpris de voir le bonheur que l’on peut procurer aux gens, leurs sourires. En 2017, donner un peu de joie à 8000, voire à 60000 ou 70000 personnes, c’est un luxe énorme. Et puis, la technologie avance très vite. On peut donc avoir des idées de fou, mêler l’image à tout ça. Il y a vingt ans, ce que l’on fait aujourd’hui sur scène n’aurait pas été possible. Là, on a l’impression que l’on peut ne pas avoir de limites. C’est génial !

Indochine 13 (Smart / SonyMusic) 2017

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