Bernard Lavilliers, l'indigné tranquille

Bernard Lavilliers en enregistrement. © Christophe Acker

Avec 5 minutes au paradis, Bernard Lavilliers dresse le portrait d’un pays en état d’urgence, mais pas que… Ce nouvel album studio, le premier depuis quatre années pleines de projets, présente un chanteur qui maîtrise son art comme jamais, et apaisé, malgré tout.

La dernière fois qu’on rencontrait Bernard Lavilliers, c’était le 14 juillet, à La Rochelle. Ce soir-là, le chanteur fustigeait la  prolongation de l’état d’urgence et nous parlait de son rapport contrarié aux pouvoirs d’où qu’ils viennent. Quelques heures plus tard, la France était frappée par un nouvel attentat à Nice et le lendemain, Lavilliers imposait une minute de silence en ouverture d’un concert rempli de colère.

5 minutes au paradis pourrait très bien être un écho à ces jours-là. Le terrorisme islamiste, le drame des réfugiés qui s’échouent en mer, les gens qu’on vire sans ménagement de leur travail... Comme à son habitude, le chanteur trempe sa plume dans les plaies d’un pays désormais habitué aux matins pas tout à fait calmes. Suggérant un parallèle entre le sort des exilés et les luxueux navires de tourisme, Croisières méditerranéennes est sans aucun doute le tour de force de cet album.

La voix, presque indolente, du grand bonhomme est impressionnante de charisme. S’il a rêvé, c’est connu, des pans entiers de sa vie, qu’importe finalement, si cela a donné le goût du voyage et de la révolte, et donc des histoires. À Charleroi, qui décrit ces villes en friche de l’industrie, répondent Paris la grise ou Montparnasse-Buenos Aires. C’est alors un tout autre Lavilliers, tendre flâneur, qui se rappelle le temps où il allait passer "de l’ombre à la lumière".

Autour de lui, on retrouve une bande disparate composée de faiseurs de talent, Fred Pallem, Florent Marchet, Jeanne Cherhal pour un duo (L'espoir), Benjamin Biolay ou le chanteur d’Eiffel, Romain Humeau, déjà principal artisan de Baron Samedi (2013), et de la jeune garde, avec Feu ! Chatterton. Le groupe amène ici une couleur rock progressif qui n’est pas sans rappeler le concept-album Pouvoirs (1979), que Bernard Lavilliers a repris l’an passé.

Avec le temps, l’aventurier de la chanson s’est apaisé. Ce 5 minutes au paradis en est un beau témoignage. C’est ce qu’on appelle du Lavilliers en bonne -et due- forme. 

Bernard Lavilliers 5 minutes au paradis (Barclay) 2017

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