Ours, patte dansante

Le chanteur Ours. © Lisa Roze

Charles Souchon, connu sous le nom de Ours, a tellement multiplié les collaborations parallèles qu'il a mis plus de temps que prévu avant de sortir de sa tanière. Porté par des mélodies légères et chaloupées, Pops, son troisième album, démontre le savoir-faire mélodique du garçon. Rencontre.

RFI Musique : Mi en 2007, El en 2011 et maintenant Pops. Aviez-vous imaginé, il y a dix ans, faire un rebut pour vos titres d'album ?
Ours :
De faire un petit clin d’œil puzzle, effectivement. Je ne savais pas comment appeler mon premier album parce que c'est toujours difficile de donner un nom à un recueil de chansons qui ont des thèmes et des humeurs différents. Alors je m'étais décidé à mettre la note de musique qui revenait le plus souvent et en l'occurrence, c'était le mi. Je m'étais dit alors qu'on appellerait le second El pour faire miel. Du coup, mes amis me charriaient et j'ai failli faire "mielleux" ou "miel d'acacia" (rires). Comme ce disque se voulait plus pop, ça n'a finalement pas trop été un casse-tête.

Vous le cultivez ce personnage de l'Ours ?
On dit souvent de certains tempéraments qu'ils sont "ours" parce qu'ils sont un peu bourrus ou solitaires. Moi, je ne suis pas tellement ça. Je suis plutôt "bande de potes", je sors pas mal. Mais lorsque j'écris des chansons, j'ai besoin de solitude et d'être dans ma tanière.

La conception du disque a-t-elle été fragmentée ?
Absolument, en trois étapes. Je me suis arrêté pour me pencher sur d'autres projets musicaux qu'on me proposait. Il y a eu l'album "tribute" à mon père (Alain Souchon, ndlr), des chansons pour d'autres comme Grand Corps Malade ou HollySiz mais surtout des musiques pour des pièces de théâtre et un spectacle de cirque. Je m'y suis remis pour, à nouveau, recouper avec la réalisation du disque de Pauline Croze. Cela m'a permis d'avoir du recul et de changer plusieurs fois de cap. Quand je recommençais, j'avais les oreilles fraîches.

Aviez-vous ici le désir de mettre la musique davantage en avant ?
Cela reste des chansons à texte et je revendique ça. Mais j'ai été moins bavard et je me suis davantage appuyé sur des gimmicks répétitifs. Ce ne sont pas des morceaux où tu dois être sur le qui-vive à chaque ligne de texte. En étant plus musical, cela a orienté le côté plus pop du disque.

La chanson Jamais su danser évoque le lâcher-prise. Et vous, personnellement ?
J'ai eu des phases où j'étais comme bloqué, raidi. Autour de moi, je vois beaucoup de gens qui n'arrivent pas à trouver cette souplesse. Donc, en observant et en ayant vécu ça à des instants de mon existence, ce thème est venu à moi. Mais il y a plein de moments où j'arrive à lâcher-prise et à danser aussi. Je gigote, disons (rires).

Qu'est-ce que votre voyage en Afrique a apporté au disque ?
Avant de partir au Mali, j'avais déjà un jeu de guitare un peu rythmé, africain, des chœurs. C'est une expérience dans le sens où tu rencontres des gens qui n'ont pas les mêmes codes que nous pour composer une musique. Cela m'a permis de prendre de la distance sur notre manière d'écrire. Ils ne sont pas enfermés dans le format couplet-refrain. Cela ouvre l'esprit de se rendre compte qu'il n'y a pas que notre petit schéma à nous. J'y suis allé au milieu de l'enregistrement de l'album. Donc ça n'a pas influencé la couleur mais confirmé les convictions que j'avais.

Qu'est-ce qui a impulsé la chanson Le grand noir avec une chaussure blonde ?
J'ai remarqué que certaines personnes avec la double culture, qu'ils soient africains, italiens ou portugais, ne se sentaient pas très à l'aise, n'avaient pas les deux pieds ancrés quelque part avec ce repère. Ici ou là-bas, on leur montre qu'ils ne sont pas vraiment pleinement chez eux. J'ai voulu en déduire que c'était une richesse de pouvoir puiser dans deux cultures. J'ai détourné ce titre de film avec Pierre Richard pour faire un bon mot.

L'amour semble être un questionnement inquiet dans vos chansons...
C'est un éternel questionnement, l'amour. Tout ce qu'on fait est relié à ça. Dans la chanson au sujet de l'infidélité, De temps en temps, je m'interroge sur les deux points de vue : c'est-à-dire y songer soi-même et qu'est-ce que penser si l'autre y songeait. Est-ce qu'un moment d'égarement peut casser un amour solide ? Je n'ai pas la réponse. Et c'est pour cela que ça reste sous forme de questions.

Pourquoi cette collaboration avec Chloé Monin et Romain Preuss du duo Scotch & Sofa ?
Ils sont intervenus sur plusieurs aspects du disque. Chloé, qui chante avec moi sur De temps en temps, fait des chœurs sur de nombreux titres. Quant à Romain, il a réalisé plusieurs morceaux avec moi. On s'était rencontrés au Chantier des Francofolies de la Rochelle il y a dix ans. D'abord, on a apprécié nos répertoires respectifs. Puis humainement, on s'est particulièrement bien entendus.

Nicolas Voulzy, alias Lieutenant Nicholson, est aussi crédité sur l'album. Est-ce inconcevable un projet Souchon sans un Voulzy ?
Bien sûr que si (rires). Nicolas n'a pas tant participé que ça sur cet album, il m'a aidé sur une mélodie et sur les chœurs. Mais il avait son projet à lui. Après, il continue à m'accompagner sur scène. On se comprend et on ne se juge pas, c'est précieux. Quand c'est fébrile au départ, c'est vers lui ou d'autres personnes de confiance que je me tourne pour avoir un retour constructif.

En avez-vous marre de la question : "Est-ce compliqué d'être le fils de…" ?
Non. Elle est légitime cette question. Je la comprends, je ne me braque pas. Plein de gens érigent mon père assez haut dans la chanson française. Il est considéré comme quelqu'un d'influent et d'important. Faisant le même métier que lui, c'est normal qu'on me demande ça.

Ours Pops (Capitol) 2017

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