Les Primeurs, vingt ans de découvertes

Malik Djoudi aux Primeurs de Massy 2017. © Georges Jabbour

Ce week-end, Les Primeurs ont fêté leurs vingt ans à Massy, en banlieue parisienne. Chaleureux comme tout, le festival de découvertes organisé autour de la salle Paul B. s’est réservé deux cartes blanches : l’une, très blues, avec Sébastien Martel et l’autre plutôt champêtre, autour d’Emily Loizeau. Lors de cet anniversaire, conversation avec Christian Maugein, son co-fondateur et rencontre avec le chanteur Malik Djoudi.

RFI Musique : Quelle est la philosophie des Primeurs de Massy ?
Christian Maugein
: C’est de présenter des artistes au début de leurs projets musicaux, dans toutes les esthétiques. On n’a jamais eu l’envie, ni ressenti le besoin de se recentrer sur un style. Il peut y avoir de la chanson, du jazz, du rock, du folk, toutes les tendances de ce qu’on appelle les musiques actuelles. L’électro et le hip hop ne sont pas représentés sous leurs formes pures et dures, mais ils sont très présents dans des formes hybrides. 

Les festivals de découvertes se sont multipliés en France ces dernières années. Comment voyez-vous ce phénomène ? Et comment vous singularisez-vous ?
Quand on a créé ce festival, on s’était donné la mission de présenter des artistes qui n’avaient pas encore de public. Alors que d’autres le fassent, c’est plutôt une bonne chose ! Après, on se distingue par ce marqueur qui est le premier album. Cela reste quelque chose de très fort ! Ces albums sont très chargés en émotions, en recherches, en histoire des gens qui le font. Et puis, par rapport à des artistes qui apparaissent aujourd’hui avec une, deux chansons sur Internet, l’album est une œuvre en soi.

En 2015, Les Primeurs se sont aussi installées dans le sud de la France, à Castres. Comment ça s’est fait ?
C’est avant tout une histoire humaine. Il se trouve qu’il y a une salle de concert assez similaire à la nôtre, Lo Bolegason. Son directeur, Olivier Nicaise, était programmateur de concert en région parisienne. Pour l’anecdote, il habitait à 300 mètres du festival, et son domicile était quasiment devenu une annexe du festival. Quand il est arrivé à Castres, il a voulu créer un événement. Plus il avançait dans son projet, plus il s’est aperçu que son projet ressemblait aux Primeurs. Plutôt que de réinventer le fil à couper le beurre, il nous a appelés. C’est là qu’on a imaginé une édition miroir du festival. Nous sommes en liaison vidéo durant tout le festival avec Castres. La seule petite différence, c’est qu’ils sont sur trois jours au lieu de quatre. Au lieu d’avoir vingt artistes, ils n’en ont que quinze, dont quatorze jouent à Massy.

Sébastien Martel aux Primeurs de Massy 2017. © Lionel Brière

 

L’autre créateur du festival est Olivier Poubelle, patron du tourneur Astérios et propriétaire de plusieurs salles de concert à Paris (Bataclan, Maroquinerie, Bouffes du Nord, Trois Baudets). En quoi cela a changé le regard que vous portez sur les artistes ?
Cela a permis de savoir pourquoi on défend les artistes. Le point de vue d’un producteur est forcément différent, parce qu’il s’engage avec des artistes sur la durée. La notion d’avenir est importante, alors que pour une salle de spectacle, le fait que ce soit bien dans l’instant suffit.  Mais cela n’a pas beaucoup changé le résultat final. Par contre, cela a été important au moment de la construction du festival, sur la façon de l’organiser. Sur tout l’aspect promotionnel, Olivier a beaucoup apporté. Pour la première édition, je ne suis pas sûr qu’on aurait pris un attaché de presse s’il n’avait pas été là... Mais je n’ai jamais programmé le festival tout seul. Durant une petite dizaine d’années, j’ai partagé cette tâche avec Olivier (Poubelle), puis avec mon adjoint, François Beaudenon. Aujourd’hui, nous avons un petit pool de programmation à trois, avec François et Olivier (Nicaise), à Castres. 

En vingt ans, quels artistes avez-vous participé à révéler ?
Lors de la première édition, il y avait Tryo et Paris Combo. Puis, le renouveau chanson française : Sanseverino, La Grande Sophie, Vincent Delerm, Jeanne Cherhal ou Emily Loizeau. La soul a été importante, aussi. Côté rock, Skip the Use, Ghinzu, Feu ! Chatterton ou Radio Elvis. Cette année, les choses étaient déjà bien enclenchées pour Juliette Armanet et Fishbach.                                                          

Site officiel des Primeurs de Massy
Page Facebook des Primeurs de Massy

Malik Djoudi, des chansons sur le dance-floor

Dans les lumières blanches, l’ambiance est celle d’un club. Guitare électrique dans le dos, Malik Djoudi chante, joue du clavier et triture les sonorités électroniques. Il fait face à un bassiste, qui alterne entre son instrument et des boucles de musique fabriquées grâce à des samplers. S’il arrive à peine avec son premier album, le bien nommé Un, le chanteur possède déjà une vie derrière lui.

"Je chante depuis que j’ai l’âge de six ans, c’est un métier que j’ai toujours voulu faire, confie-t-il. Il y a eu des moments où je n’en voyais pas le bout, mais je me suis battu. J’ai eu la chance d’être rattrapé par la musique. Je ne rigole pas du tout avec ça, c’est quelque chose que je fais très sérieusement." 

Avant de se lancer seul, le Poitevin est passé par plusieurs groupes de rock. Il a longtemps travaillé pour la musique à l’image et surtout, avec le danseur contemporain Pierre Rigal pour deux spectacles (Micro, Même). Cela l’a mené au bout du monde, puis il y a eu la chanson, l’électro pop.

Pourquoi ? "Au départ, je ne pensais jamais chanter en français. Et puis ma grand-mère, à laquelle je tenais beaucoup, est partie il y a bientôt trois ans, confie le garçon aux origines métissées (France, Algérie, Vietnam). Elle était vietnamienne, alors je suis parti un mois et demi là-bas, en solitaire, pour savoir d’où elle venait. Directement à mon retour, je me suis mis à écrire en français et je me suis trouvé."

Avec sa voix perchée et ses chansons évanescentes, Malik Djoudi a été l’une des très bonnes surprises de ces 20e Primeurs de Massy. Déjà repéré par le collectif de "pop" en français, La Souterraine, on parie que ce garçon charismatique n’en est qu’au premier jour de sa carrière en solo.

Malik Djoudi Un (La Souterraine) 2017
Page Facebook de Malik Djoudi