Daho, visions psychédéliques

Étienne Daho aux Francofolies de la Rochelle en 2015. © Xavier Leoty / AFP

À 61 ans, Étienne Daho ne se départit pas de sa volonté d'avancer et s'aventure avec Blitz au sein de contours psychédéliques aussi bien solaires que nocturnes. Cet aventureux onzième album studio se fond élégamment dans les courbes d'une discographie quasi-parfaite et indispensable.

 

Perfecto, casquette noire de cuir cloutée, volutes de fumée. La pochette en clair-obscur véhicule du fantasme. Elle transpire de moult références : la vision de Marlon Brando dans L'équipée sauvage, l'affiche du film expérimental Scorpio Rising, la pratique sadomaso, l'érotisme à la Fassbinder adaptant Querelle de Brest de Genet. Image percutante et esthétique comme l'était il y a plus de trois décennies celle immortalisée par Pierre & Gilles, marinière et perroquet posé sur l'épaule droite.

Pas de passéisme ni de racolage chez Étienne Daho. Mais un ardent sens du temps, de l'espace, de la dynamique pour slalomer entre ses fondations. Blitz, palpitante nouvelle aventure, gagne de l'ampleur à chaque écoute. Encore une livraison du dandy intranquille qui fera de vieux os.

Blitz, éclair en allemand, ne s'égare pas de la grâce juvénile dont il se veut le chef de meute. Mais l'enveloppe est davantage tempétueuse et tumultueuse. Disque à la fois introspectif et d'ouverture, tracassé et serein. Disque aux refrains souples et embrumés. Disque opulent, enregistré à Londres,  qui signe des retrouvailles avec Fabien Waltmann et Jean-Louis Piérot ainsi que l'incursion du collectif anglais Unloved. Disque surtout au psychédélisme voluptueux, piétinant les territoires de sa pop hédoniste.  Une voix l'annonce, d'ailleurs, en ouverture de la chanson initiale (Les filles du canyon) : "Il y a cette porte dans le désert, ouvre la/ Tu trouveras ici un autre paradis, un autre monde".

Est-ce sciemment qu'il a envoyé en éclaireur Les flocons de l'été, chanson aux synthés aériens et au propos aussi troublé que lié à la septicémie qui a failli lui être fatal ("Tout est doux, dédoublé, aveuglant/Déchiré, c'est l'hiver en été"). Appât fausse piste qui dénote avec la tension et le rebonds mélodiques de l'ensemble. Il y a l'étincelante et catchy rupture rythmique d'Après le Blitz, morceau lâcher-prise qui fait la nique au climat ambiant ("Nous danserons dessous les bombes/derniers adieux à l'autre monde/Dans un ultime bras d'honneur, sans les médailles et sans les fleurs/ Nous chanterons les yeux rougis par la fumée et les débris/Dans nos uniformes noir et or sur le dancefloor"). Il y a aussi des guitares menaçantes, un lyrisme tourmenté, une sensualité presque orgiaque (Hôtel des infidèles) une tourbillonnante élégie funèbre à sa sœur disparue (Le jardin). Des ombres planent. Celles du Velvet Underground et de Syd Barrett. Plongée fantomatique dans l'antre du fondateur de Pink Floyd (Chambre 29). La mort rôde ici et là, la nuit éclabousse, une lumière bienveillante enrobe des humeurs bileuses. "Nous allons voyager léger". Cela ne tombera pas dans l'oreille de sourds.

Étienne Daho Blitz (Mercury) 2017

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