Tim Dup, à pas de géant

Tim Dup. © Hugo Pillard

Auréolé d'une cote avantageuse avant la sortie de son premier album, Tim Dup, chanteur de 22 ans, confirme sur Mélancolie heureuse, son mariage heureux entre le hip hop, les beats électroniques minimalistes et la chanson classique. Une écriture riche en contrastes et à l'émotion brute. Portrait.

Finalement, il a renoncé à aller jusqu'au bout de son master en media-communication. L'année intense et assez dingue que le garçon a vécu aurait eu raison de ses velléités initiales. "Cela devenait un peu schizophrénique de jongler entre les études et la musique et ce n'était pas très stimulant pour la création. J'étais souvent absent, je sautais des cours donc cela n'avait plus beaucoup de sens".

Il aura suffi d'une chanson TER Centre pour lancer Tim Dup sur de solides rails. Chanson sur son trajet quotidien Rambouillet-Paris. Chanson au propos ultra-réaliste, introduite par des bruits de wagon, rythmée par une voix talk-over délicate et instinctive puisqu’écrite en trente-cinq minutes lors d'un habituel retour en transport en commun. "Sur le papier, ça ne se prêtait pas forcément à une chanson. J'ai juste dû enlever ou ajouter quelques mots pour entrer dans mes mesures. Sinon, elle est née d'un premier jet comme la plupart de mes textes".

Reconnaissance médiatique immédiate et sollicitations multiples. Dans la foulée de son EP quatre titres, on l'invite à rendre hommage à Ferré et à Barbara pour une création au Printemps de Bourges. Toujours dans la commune du Cher, on le propulse en première partie de Renaud. "Je suis un chanceux",  reconnaît-il.

Casquette à l'envers vissée sur visage poupon, Tim Dup s'est ainsi inventé un destin sur les touches de son piano et de ses claviers. Ne pas chercher trace de réserve ou d'arrogance chez lui, mais une aisance bluffante et des réponses déjà finement construites. En soirée, lorsqu'on lui demande la nature de son activité professionnelle, il est encore incapable de répondre "chanteur". Trop prétentieux à son goût.

Il dit aussi détester les cases ou les étiquettes. Certainement l'héritage d'un père mélomane qui l'a biberonné aux Beatles, Bob Dylan et Cat Stevens et une ouverture d'esprit dictant aussi bien la découverte de Daft Punk que de la chanson lettrée et du rap des années 90. "Je suis d'une génération iPod qui écoute de la musique en aléatoire et énormément de styles différents. Je n'aime pas le snobisme"

Beaucoup d'oxymores – à l'image du titre de l'album – dans ses textes-fleuves et un traitement plutôt récurrent de la dualité. Un paradoxe comme il se présente au sein de la chanson inaugurale. "J'ai une image d'enfant sage, mais ce n'est pas tout à fait moi. J'ai reçu une éducation catho, un peu bourgeoise. Je l'assume même si il y a désormais plein de choses que je rejette. Contrairement à ma famille, j'ai des valeurs de gauche qui se sont affirmées. Par exemple, j'ai grandi dans la foi, je suis même allé jusqu'à ma confirmation. Aujourd'hui, je ne crois plus en ça du tout".

Chanteur de l'acuité et du désir d'évasion, Tim Dup ne met ni ses doutes ni ses premiers atermoiements amoureux en sourdine. "J'en ai chié avec les meufs car je suis un garçon assez sensible".  La possession de Don José dans l'opéra Carmen impulse ici la thématique de Mortelle Habanera tandis que le suicide d'une mannequin biélorusse qui s'est jetée d'un immeuble lui inspire Une envie méchante. "J'étais ado quand cette histoire est arrivée et cela m'avait profondément marqué. Dans cette société, on exige la perfection et on vous pousse à l'être. Tu peux être broyé si tu n'as pas des choses fondamentales en toi".

Sur scène, au milieu d'un pôle de claviers, il s'appuie parfois sur un vocodeur et s'extrait désormais davantage de la position assise dans laquelle il était enfermé. Mais toujours pas d'autres forces vives à ses côtés. "J'ai envie de tenter ça dans le futur et donc de m'entourer d'autres musiciens. Seulement, je ne le sentais pas pour cet album".

Si on l'a invité à écrire sans succès pour Julien Clerc, sa plume a par contre trouvé un écho auprès de Louane. Deux textes dans le deuxième album de l'une des championnes des charts actuels. "Je n'ai pas répondu à un carnet de commandes, c'est moi qui suis allé lui offrir les chansons. Je l'avais vue aux Victoires de la musique et j'ai été bluffé par cette meuf. Je me suis dit que cela devait être fou pour elle de tout vivre en même temps : son César, sa Victoire, des Zénith, des ventes de disque colossales, des histoires familiales difficiles".

Il y a également un featuring sur un morceau du duo electro-pop Synapson et une probable collaboration avec Gaël Faye. Une longue et belle route s'ouvre devant Tim Dup.

Tim Dup Mélancolie heureuse (Columbia) 2017

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