Sardou, fin de chant

Michel Sardou lors d'un concert, 2017. © Bruno Bebert

Le chanteur populaire va mettre un terme à sa carrière musicale pour se consacrer essentiellement au théâtre. Nous avons assisté à un de ses concerts à la Seine Musicale à Paris, salle dans laquelle il reviendra au mois de mars pour clore sa tournée. Récit.

Sardou, dernières. Refrain déjà entendu il y a une décennie, à la nuance près qu'il avait annoncé à l'époque ne plus vouloir entreprendre de tournées. Sauf que la dite révérence n'avait pas duré bien longtemps. Visite accrue des salles hexagonales entre 2011 et 2013. Puis percée au théâtre dans des comédies de boulevard. Et à nouveau donc la proclamation d'une retraite en chanson. Faux adieux ? Moins sûr cette fois-ci. Chez le chanteur de 70 ans, un sentiment de lassitude palpable sur scène, un entrain mesuré à en découdre. Son aura, elle, ne pâlit pas. Les concerts affichent complets. Même si le personnage divise, il faudrait être d'une mauvaise foi crasse pour ne pas reconnaître un répertoire aussi riche que populaire. Sardou en spectacle, c'est comme ouvrir un gros sachet de madeleines. Bien sûr, il y a des titres qui manquent : ceux qui avaient un véritable impact en live (Loin, J'accuse, Les yeux d'un animal, Rouge, Du plaisir) et des standards immarcescibles (Chanteur de jazz, Les villes de solitude, Putain de temps, Le privilège). À la place, une routinière version de L'aigle noir sans valeur ajoutée, un Io Domenico vieillissant et Afrique Adieu affublé d'arrangements grossiers.

Défilé sur écran du chanteur multi-faces et époques. Sous une avalanche de lumières aveuglantes d'un bleu gitane, l'introduction de Salut, chanson de mise au point (Je ne sais pas faire le premier pas/Mais vous savez déjà tout ça/Je n'suis pas l'homme de mes chansons voilà) qu'on retrouvait habituellement en bout de set-list. Le pas de Sardou est hésitant, la déambulation scénique contrôlée et tranquille. Côté cour une section de cuivres masculine, côté jardin un généreux ensemble de cordes féminin. Parité respectée. La Java de Broadway pétarade presque comme aux premiers jours tandis que Vladimir Illitch ne refuse pas des élans emphatiques. Et la voix ? Elle aussi, sous contrôle. De beaux graves, des déliés et l'emprunt régulier d'une tonalité plus basse. Mais moins puissante qu'à l'accoutumée sur des morceaux sanctuaires comme Je vais t'aimer ou Le France.

Le triptyque En chantant-Les bals populaires-Le rire du sergent est ici emballé dans un medley et le public manifeste en chœur son idée du bonheur au cours d'une indémodable Maladie d'amour. Parce qu'il n'est pas homme à la mettre en veilleuse, Sardou remet les pendules à l'heure sur Les Ricains, livrée à la façon Nouvelle-Orléans. "Même si ce n'est pas de bon ton en ce moment de vanter l'Amérique, il ne faut pas oublier qu'ils sont venus par deux fois nous libérer depuis la mer. Certains n'ont toujours rien compris. Je dis ce que je pense et je les emmerde". Au final, pas grand chose de neuf – si ce n'est deux nouvelles chansons (San Lorenzo, Le figurant)  - par rapport à ses dernières tournées. Juste reçoit-on la confirmation que L'an mil, épique et cinématographique, fait toujours un effet bœuf sur scène, que Les musulmanes emportent une totale adhésion, que La fille aux yeux clairs et Il était là sont deux petits bijoux de sensibilité. Sardou tient ainsi la barre jusqu'à l'ultime destination fédératrice (Les Lacs du Connemara). Un tube, encore un.

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