Le nouvel élan du spectacle jeunesse

Aldebert. © AFP/Guillaume Souvant

Le jeune public est choyé. Les spectacles et disques qui lui sont réservés ne cessent de se propager. Une offre pléthorique, audacieuse et surtout de qualité. Aldebert, qui cartonne actuellement avec ses Enfantillages 3 en est la preuve vivante. Petit tour d'horizon.

Il n'en revient toujours pas de l'engouement autour de son projet. Lui, c'est Aldebert, fringant quadra, estampillé "nouvelle scène française" au début des années 2000 et cousin artistique de Bénabar. À son actif, il y eut quatre disques studio au succès d'estime, jusqu'à une première livraison d'Enfantillages en 2008.

Démarrage plutôt confidentiel. On lui reproche alors un positionnement aléatoire, de ne pas s'ancrer clairement dans un terrain de jeu pour enfants. Sauf qu'il va en faire sa force. Son approche familiale offre plusieurs grilles de lecture. Les parents ne subissent pas un spectacle d'Aldebert, mais y adhèrent. Certains sont même pris en flagrant délit de dissipation. Le chanteur tisse un lien direct, réussit le tour de force de convoquer plusieurs générations et glisse des clins d’œil à destination des adultes ("Je fais des trous, des petits trous, encore des petits trous/ Je suis le poinçonneur de l'eau-delà").

Il a été à bonne école : Anne Sylvestre et ses brillantes Fabulettes ainsi que Steve Waring. "J'ai beaucoup plus grandi avec eux qu'avec Henri Dès ou Chantal Goya. C'était très émouvant d'inviter Anne sur le premier opus d'Enfantillages, cela avait beaucoup de sens pour moi. Elle est la première chanteuse que j'ai entendue".

Ce qui devait être initialement une parenthèse dans son parcours artistique s'enracine sur la longueur. Le bouche-à-oreille fonctionne à plein régime. Montée en puissance crescendo. Les disques, dont la distribution est à chaque fois renouvelée, se dorent de platine. Les dates se multiplient (plus de 700 à ce jour). Lors des dernières vacances de la Toussaint, il remplit douze Cigale d'affilée à Paris. Une tournée de Zénith se profile. Et même l'école de Naisey-les-Granges, établissement du Doubs dans lequel il est intervenu cinq ans comme animateur, porte désormais son nom. "Cela fait bizarre surtout quand on a eu un parcours scolaire décousu comme le mien".

© DR/Montage RFI Musique
Enfantillages 3 / Le Soldat Rose 3 / Émilie Jolie.

 

Maxime Le Forestier dit qu'il n'est pas un chanteur pour enfants, mais un chanteur sur l'enfance. Aldebert ne se pose pas la question. Cet univers lui procure un espace de liberté créative décuplé. "J'ai discuté avec des collègues qui estiment, eux, que c'est contraignant et restrictif comme cadre. Pour moi, c'est tout le contraire. Je me sens moins compartimenté que dans le répertoire adulte qui érige des chapelles. Musicalement, je peux me balader dans tous les styles, le rock, le metal, la samba, le hip hop... Dans l'enfance, on fait sauter tous les clivages. L'imaginaire s'installe dans les chansons, l'interprétation, mais aussi la scénographie. J'aime cette énergie et cette authenticité particulières".

Un secteur en pleine santé

Aldebert est l'heureux élu du Grand Prix du répertoire jeune public décerné par la Sacem. Cette catégorie vient d'être créée. Preuve de la santé éclatante de ce secteur. D'autres artistes, habitués aux courriers pour adultes, effectuent une percée dans la musique jeunesse. Barcella a conté les pittoresques aventures de Tournepouce, Les Ogres de Barback ont donné vie à Pitt Ocha, Jeanne Plante s'est associée avec l'ex-Deschiens Jean-Marie Bihour pour Farce et Attrapes, Ben Ricour - qui a déjà adapté Joe Dassin pour enfants – va s'attaquer à Serge Gainsbourg.

Tous ont en commun de s'éloigner d'une démarche infantilisante. Thibaud Defever, tête pensante de Presque Oui, ose même aborder la thématique de la mort dans le subtil et intelligent Icibalao (Grand Prix de l’Académie Charles-Cros en 2017). À l'image du Soldat Rose qui compte désormais trois unités et dont le dernier en date a été concocté avec soin par la fratrie Souchon, les projets avancent parfois en collectif.

Dans le très réussi L'école des fables, uniquement en disque, la doublette Semence-Vié a réuni un casting hétéroclite : Jean-Louis Aubert, Doc Gynéco, Albin de la Simone, Joyce Jonathan... Là encore, le plaisir est au rendez-vous. Et puis, il y a les classiques qui ne se démodent pas : l'infatigable Chantal Goya n'en finit plus de faire voyager cette bonne Marie-Rose, l'éternelle Émilie Jolie continue de s'imprimer sur toutes les lèvres (tournée à partir de mars et album live au printemps), Henri Dès ne relâche pas son étreinte récréative.

Les tout petits ne sont pas en reste. Surfant sur son exposition télévisuelle et littéraire, le programme Pegga Pig s'est transformé en spectacle musical. Les produits dérivés pullulent à l'entrée de la salle. Le portefeuille des parents pourrait faire grise mine, mais le bonheur des enfants n'a pas de prix.

Page Facebook d'Aldebert