Les Faces B de la belle vie de Pierre Vassiliu

Pierre Vassiliu en 1973. © Jacques Chevry / ORTF / AFP

A la veille des 50 ans de Mai 68, la sortie de la compilation consacrée aux faces B enregistrées entre 1965 et 1981 par Pierre Vassiliu éclaire ces années-là d’une lumière plus douce, plus intime. Si la révolution et son corollaire, le grand soir, sont encore dans toutes les têtes, commencent à fleurir des idées d’épanouissement personnel et de contre-culture dont Pierre Vassiliu se fera le chantre aux rythmes des aléas de sa vie.

Pour certains Pierre Vassiliu a eu plusieurs vies, pour d’autres Pierre Vassiliu n’en a eu qu’une qu’il a peinte, repeinte aux couleurs de ses désirs contrariés, de ses envies successives comme un long processus d’autodétermination. Dans un cas comme dans l’autre, Pierre Vassiliu nous a quittés le 17 août 2014. Il avait 76 ans.

Vingt-cinq ans plutôt, dans une autobiographie intitulée La vie à rien faire (publié par Michel Lafon en 1989 et rééditée par les Éditions l’Harmattan au début de l’année), l’auteur-compositeur et interprète glissait : "Faites-vous la belle vie dont vous avez envie."

Cette belle vie, la récente compilation griffée Born Bad Records et dessinée par Camille Lavaud, en trace les contours entre oisiveté forcenée, sensualité exacerbée et exotisme partagé. Il faut dire que les faces B de notre jovial chanteur aux généreuses bacchantes ont un goût rare.

Quand on sait que son adaptation du Nem Veù que Não Tem du chanteur brésilien Wilson Simonal (Qui c’est celui-là ?) qui fera de lui, le chanteur populaire que toute une génération a adulé, était initialement une face B, on écoute d’une autre oreille la douzaine de plages rassemblées par Guido Cesarsky du duo Acid Arab.

Les textes de Pierre Vassiliu sont tendres, d’une tendresse qui ne s’interdit pas une certaine crudité licencieuse. Qu’il évoque sur En Vadrouille à Montpellier, un flirt poussé entre un homme et une jeune fille loin d’être majeur même si l’année de sa création (1974), la majorité venait d’être ramenée à 18 ans ou qu’il relate dans Film les errances d’un gars qui "cherche encore une fille qui voudrait bien de moi ce soir un quart d’heure", Pierre Vassiliu n’oublie jamais Marie, sa muse, son véritable amour avec qui il vivra passionnément des hauts et des bas jusqu’en 1975. C’est pour elle qu’il avait écrit au lendemain d’une rupture, Ne me laisse pas, un titre aux guitares hurlantes qu’il chante d’une voix qui laisse présager les vocalises d’un Balavoine quelques années plus tard et qui aura le mérite de la voir revenir.

Pierre Vassiliu chante comme il parle. Pierre Vassiliu chante et parle parfois sur le même titre. Pierre Vassiliu est un conteur, de ceux qui peuvent vous amener où ils veulent parce que "là-bas c’est chez eux", pour reprendre au pluriel une de ses singulières formules.

Écoutez Il était tard ce samedi soir, chanson qui relocalise dans un éclat de rire Tarzan au Tyrol ; savourez Je suis un pingouin, où il s’imagine alcidé au cœur d’un troupeau de congénères à plumes parqués dans un grand champ de lavande au cœur de la Provence et rien ne vous semble étrange. C’est aussi ça le charme de "ce mec, complètement toqué, complètement gaga".

Pierre Vassiliu Face B, 1965-1981 (Born Bad Records) 2018