Louis Arlette, rock en stock

Louis Arlette. © Frédéric Petit

Louis Arlette, ingénieur du son qui a fait ses preuves auprès du groupe Air, s'empare lui-même du micro et signe avec Sourire carnivore un premier album où la chanson, la pop-électro et le rock industriel cohabitent sans se marcher dessus.

Les techniques de strates, de largeur de son, de crêtes - comme sa coupe de cheveux iroquoise - rien n'échappe à ses mains expertes. Garçon de studio, bien sûr, Louis Arlette. C'est son laboratoire étanche, son antre, son terrain de jeu de favori. Celui, pour lui, de tous les possibles. Il s'y réfugie inlassablement, souvent en ermite.

Mais il a refusé de se laisser incarcérer à perpétuité. Pas innocent, d'ailleurs, si le disque s'ouvre par le morceau Le moment venu. "J'ai cru voir ma vie défiler/Par un beau matin dégrisé/ Toutes ces années de retenue...". Sa nouvelle existence parallèle : chanteur.

Chanteur pop-rock à penchant "musique industrielle". Ado, il était destiné aux plus hautes fonctions du violon classique. Nine Nich Nails, The Cure, Kraftwerk sont venus l'en dissuader. Et Air a conforté en force ce choix.

D'abord stagiaire pour le duo versaillais, Louis Arlette se voit offrir des prolongations à responsabilité. "De fil en aiguille, j'ai commencé à faire leur prise de son, des mixages puis ensuite de la réalisation et même quelques arrangements. Ils me suivent encore de près et m'ont soutenu dans ma démarche en me prêtant leur studio Atlas afin de faire mon album".

Trop humble pour mentionner cela sur son curriculum vitae, le garçon a participé à des sessions d'enregistrement aux côtés notamment de Thom Yorke (chanteur du groupe Radiohead) ou Martina Topley-Bird de Massive Attack. Expériences marquantes et indélébiles. Comme la collaboration, toujours actuelle, avec Jean-Paul Goude au sein de projets liés à la pub et la mode. "Je n'ai pas d'horaires, je ne peux passer des semaines entières sans sortir. Depuis quinze ans, ma vie, c'est la musique. Les rencontres ont été précieuses dans mon cheminement, elles ont permis de développer mes goûts et de les affiner".

Il y a chez Louis Arlette une soif décuplée de savoir, une curiosité en alerte. Sa mère, professeure de français, lui refile très tôt sa passion pour les livres. En moyenne, il dévore deux livres par semaine et avoue un amour démesuré pour Marcel Proust. Beaucoup de références littéraires dans ses textes tourmentés et intranquilles. "Je m'appuie souvent sur des images de littérature. Par exemple, Rabelais est quelqu'un de très inspirant pour moi". Fernando Pessoa s'infuse dans Le naufrage, Dante dans La Providence, Shakespeare dans Je dors.

Retranché initialement derrière ses machines, le jeune trentenaire a entrepris une mutation pour que la scène ne soit plus pensée comme une annexe morne du home studio. La découverte donc qu'il n'était pas uniquement un cerveau, mais aussi un corps. "Je devais gérer énormément de choses, penser à mes mains et à mes pieds. J'avais comme l'impression de passer mon permis de conduire. Pour le lâcher-prise, ce n'était pas idéal et je ne vivais pas forcément bien la situation. Mais dès le départ du projet, je savais que je finirais entouré de musiciens". Une libération intime qui lui permet de transmettre une belle énergie rageuse.

Louis Arlette Sourire carnivore (le Bruit blanc/Wagram) 2018

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