Bourges, un Printemps sous le signe des femmes

L (Raphaële Lannadère) au Printemps de Bourges 2018. © RFI/Edmond Sadaka

Après les réactions en chaine qui ont suivi les affaires de harcèlement à travers la planète, la place de la femme a donc questionné aussi les organisateurs du festival du Printemps de Bourges qui ont ainsi affirmé avec une programmation plus équitable entre hommes et femmes leur engagement aux côtés des artistes féminines.

Ils l’avaient dit et exprimer clairement : « Nous souhaitons (…) donner la parole aux auteures, compositrices et interprètes qui ont accompagné des changements et qui ont affirmé leur liberté de création ». Les organisateurs du Printemps de Bourges ont ainsi affiché une volonté de jouer la parité homme/femme et ont ainsi partagé équitablement la programmation des artistes.

Après une soirée d’ouverture avec Véronique Sanson, Juliette Armanet et Catherine Ringer le mercredi 24, tout au long du festival qui se tient jusqu’à dimanche, le public peut aller applaudir des créatrices de talent dans des genres divers et variés.

De la journée du vendredi 27 on pourra en effet retenir de belles et émouvantes prestations que l’on doit à quelques artistes de choix. A l’heure où la flamboyante Hollysiz débute son set sur la scène du W, c’est la chanteuse américaine Alela Diane qui termine son concert à l’Auditorium. 10 ans déjà qu’elle est venue présenter sa folk made in USA au Printemps de Bourges. Son propre souvenir a l’air très vivace quand elle l’évoque devant le public.

Accompagnée de deux musiciennes, elle distille des mélodies simples et élégantes. Sa voix pure emplit l’espace au fur et à mesure qu’une brume légère s’installe (on en oublierait presque que ce sont des fumigènes). La grâce accompagne cette femme alors qu’elle montre une bienveillance non feinte pour l’humanité. Tiré de son dernier album sorti récemment, Cusp, le magnifique Song for Sandy, hommage à une femme et mère de famille trop tôt disparue est joué seule au piano. On peut aussi apprécier l’interprétation toujours aussi subtile d’une chanson plus ancienne Oh my Mamma. Alela Diane touche au cœur par sa sincérité et sa générosité.

© RFI/Edmond Sadaka
Alela Diane au Printemps de Bourges 2018.

 

Si elles officient dans un registre bien différent, les deux sœurs Lisa-Kaindé et Naomi qui forment le duo Ibeyi et que l’on retrouvent sous le chapiteau du W (à peu près 8000 personnes), portent haut les couleurs d’un certain féminisme. Elles expriment des idées fortes comme sur Transmission, qu’elles scandent et appellent le public à reprendre. Les percussions sont extrêmes présentes et rythment avec force un répertoire teinté de hip hop et de soul en anglais, en espagnol et même en yoruba. L’emploi du cajon, une caisse de résonance utilisée comme une percussion, est l’élément centrale de cette rythmique appuyée  et omniprésente. Une façon sans doute de dire qu’on ne peut faire sans elles.

Si les unes usent de leurs mains sur une caisse claire pour affirmer leur force, il y en a d’autres qui tapent du talon ! L (Raphaële Lannadère) en concert au Théâtre Jacques-Cœur, est une femme aux allures d’enfant. Sa blondeur se fond dans la lumière des projecteurs et sa voix semble toujours sur le fil.

Grâce à deux violoncellistes et à un batteur, elle interprète ses titres avec légèreté et sensibilité. C’est le cas de La Meuse, ou de La Micheline, deux morceaux extraites de son dernier album intitulé Chansons et sorti cette année. Elle rend aussi hommage à Jeanne Moreau avec la reprise de La vie s’envole (« Les hommes ils z'aiment/Les femmes à hommes/Les femmes elles z'aiment/Les hommes à femmes… ») qui fait éclore une drôlerie que l’on souhaiterait entendre plus souvent.

Enfin le dernier morceau chanté est Orlando, une évocation en chanson de la fusillade du juin 2016 dans la ville de Floride qui fit une cinquantaine de morts. Même si l’on peut trouver étrange de terminer un tour de chant par des mots aussi lourds de sens, il n’en reste pas moins que l’interprétation est très émouvante et que le public est conquis par tant d’intensité. L termine ainsi avec un chant engagé, celui d’une femme forte, comme toutes ses collègues artistes et femmes.

Site officiel du Printemps de Bourges