Francofolies de Montréal, Brel Symphonique

Bruno Pelletier chante avec l'Orchestre symphonique de Montréal, juin 2018. © Victor Diaz Lamich

Les 15 et 16 juin, les 30e Francofolies de Montréal se terminaient en beauté avec deux représentations du concert Brel Symphonique, un hommage au Grand Jacques réunissant dix interprètes et l’Orchestre symphonique de Montréal. 

Près de 40 ans après la disparition du légendaire chanteur, le chef d’orchestre et arrangeur-orchestrateur Simon Leclerc a accompli la tâche ardue, mais prestigieuse d’adapter 22 chansons de Jacques Brel pour l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM).

En se basant sur un spectacle-hommage qui tournait depuis quelques années (avec le pianiste accompagnateur Benoit Sarrasin), Leclerc a ainsi ajouté à son impressionnante feuille de route – qui comprend Starmania et Notre-Dame-de-Paris – une relecture complète des grands succès de l’artiste qu’il admirait beaucoup.

Neuf des dix chanteurs et chanteuses ayant participé à la première mouture de Brel Symphonique, présentée à guichets fermés l’an dernier, étaient de la partie aux Francos 2018 : Bïa, Luc De Larochellière, Pierre Flynn, Marc Hervieux, Catherine Major, Danielle Oddera, Paul Piché, Bruno Pelletier et Diane Tell. S’ajoutait à la distribution l’interprète anglophone Andrea Lindsay, en remplacement de Marie-Élaine Thibert. Chacun des artistes avait pour mandat de livrer deux chansons du célèbre Belge, sur la scène de la superbe Maison symphonique de Montréal, rutilante nouvelle maison de l’OSM inaugurée en 2011.

Un concert touchant, mais inégal

Comme tout exercice dans lequel se succèdent divers types de voix et des interprétations d’une intensité variable, cette soirée Brel Symphonique était quelque peu en dents de scie. De l’artiste d’origine brésilienne Bïa jusqu’au chanteur d’opéra Marc Hervieux, les 5 femmes et 5 hommes sont montés sur scène à tour de rôle pour livrer leurs chansons respectives, en prenant le temps de les présenter de manière très sympathique.

C’est ainsi que Paul Piché a expliqué à foule qui était Jaurès, ou encore que Pierre Flynn a plaisanté sur la "connexion spirituelle" entre le Québec et la Belgique avant d’entamer La bière. Le public, qui applaudissait chaque morceau, paraissait ravi de la couleur ludique donnée à l’événement (aux antipodes du sérieux des soirées symphoniques habituelles).

La première ovation a été réservée à la chanteuse d’origine française Danielle Oddera, âgée de 80 ans. Ayant côtoyé Brel, elle a lu une émouvante lettre qu’il a écrite en 1978 à sa sœur Clairette, propriétaire d’une boîte à chanson à Montréal. Tout juste après la magnifique voix de Catherine Major (Au suivant, Ne me quitte pas), celle d’Oddera semblait avoir plus de mal, mais la façon dont elle vivait toutes les paroles de Fils de… et de La valse à mille temps avait de quoi susciter des frissons. Tous les spectateurs de la Maison symphonique se sont spontanément levés pour l’acclamer avant qu’elle ne quitte la scène.

La seconde a eu lieu en fin de spectacle, lorsque le ténor Marc Hervieux a interprété La quête de façon magistrale. Il avait au préalable expliqué que son point commun avec Brel était d’avoir figuré dans la comédie musicale L’homme de la Mancha, à une seule différence près : même s’il désirait être Don Quichotte, Hervieux s’était vu attribuer le rôle de Sancho ("pour des raisons de costume" !). C’est ainsi que le public a pu le voir "enfin réaliser son plus grand rêve"… et il a tout à fait rendu honneur à la grande chanson.

Plutôt que de clore le concert sur l’intense performance d’Hervieux, le dernier des 10 artistes, toutes les interprètes féminines ont été réunies sur scène pour Les cœurs tendres, suivies des chanteurs pour une version très humoristique de la chanson Les Bourgeois. Si d’autres interprétations se sont démarquées durant le spectacle – on pense entre autres à Jef par Diane Tell ou à La chanson des vieux amants par Bruno Pelletier –, la véritable vedette de cette soirée était, bien évidemment, l’OSM. Et, avec raison, c’est à ses 82 musiciens qu’ont été réservés les plus chauds applaudissements.

© Panneton Valcourt
Luc de Larochellière.

 

4 questions à Luc de Larochellière, chanteur et metteur en scène de Brel Symphonique

RFI Musique : Quelle importance revêt pour vous cet hommage à Jacques Brel ?
Luc de Larochellière
: C’est un très beau projet que je porte depuis 2012. [Le festival] Montréal en lumière m’avait initialement demandé de participer, en tant qu’interprète, à un hommage à Brel avec 10 chanteurs et un pianiste. Puis on m’en a confié la mise en scène. Le spectacle a beaucoup évolué, vers la forme symphonique qu’on connaît aujourd’hui, et on a fait une quarantaine de représentations dans plusieurs salles. Je ne pensais pas qu’il connaîtrait une aussi belle suite !

Chanter avec un pianiste ou un orchestre symphonique semble être des défis bien différents…
Le piano est un accompagnement assez léger, qui peut se fondre aisément à son interprète. En revanche, un orchestre symphonique, c’est un gros bateau ! Et c’est au chanteur de suivre. On ne peut pas ajouter des mesures, décider de ralentir ou accélérer… C’est le chef d’orchestre, Simon Leclerc, qui contrôle tout.

Pouvez-vous nous parler des chansons que vous avez choisies ?
Je chante Un enfant, qui est la première chanson de Brel à être entrée dans ma maison lorsque j’étais moi-même enfant. Ma mère me la chantait souvent. La seconde, c’est Mathilde, l’une des plus joyeuses et emportées du répertoire de Brel. Ce sont 2 chansons complètement différentes ! D’autant plus qu’Un enfant a été créée pour être chantée par une femme, Petula Clark. Brel ne faisait plus de spectacles au moment où il l’a écrite.

Que représentent pour vous les Francofolies ?
Les Francos et moi, on a le même âge de carrière : cette année, ça fait 30 ans que j’ai sorti mon premier album, Amère América. C’étaient des années marquées par un deuxième souffle de la chanson québécoise, qui était beaucoup jouée et diffusée. La chanson d’ici était à la mode, et ça l’a propulsée pendant une bonne génération. Les Francos m’ont accompagné tout au long de ma carrière, et vice-versa ! Je suis très content d’être à nouveau présent, cette fois pour chanter Brel.

Site officiel des Francofolies de Montréal
Site officiel de l'Orchestre symphonique de Montréal