Le groove poésie de Mon doux saigneur

Mon doux saigneur. © RFI/Marie-Hélène Mello

Depuis sa participation au concours musical francophone Les Francouvertes, l’auteur-compositeur-interprète Emerik St-Cyr-Labbé fait croître et rayonner Mon doux saigneur, son projet chanson atypique dont l’album est pourtant né d’une douleur immense. Rencontre en pleines Francofolies de Montréal, avant le parcours des festivals d’été.

Aussi sincère en entrevue que dans ses chansons, le jeune créateur n’hésite pas à expliquer comment Mon doux saigneur, le premier opus de sa formation du même nom, est issu du deuil de son père. "J’étais accablé, je pensais beaucoup, ça teintait toute ma vie. C’est sûr que je parle un peu à mon père, à travers cet album. La musique et les paroles sortaient de moi, et je voulais les observer. C’est un album de dialogue, et c’est peut-être grâce à ça que j’arrive à mieux en parler aujourd’hui, avec un peu de recul", révèle-t-il.

Si l’album paru en septembre 2017 comporte des chansons assez sombres ou mélancoliques (comme Le courant et Chaque matin), il est toutefois porteur d’une tristesse productive, traduisant un processus d’écriture et de composition qui fait avancer, voir les choses différemment. Les textes se font aussi observateurs que poétiques, avec des images parfois crues et une langue familière. Mon doux saigneur sait lancer tant des appels à tous pour réfléchir et rassembler (Ici-bas, Chu tanné d’attendre) que des hymnes pour se la couler douce (Primitif).

Conçues pour voyager en solo ou en formule groupe, les créations à base guitare-voix sont traversées par des grooves surprenants, le son du lap steel et des références au rock ou au blues (d’Amérique, mais aussi du Mali), qui les éloignent quelque peu de la scène "chanson" conventionnelle. On associe plutôt la démarche d’Emerik à celle de Bernard Adamus (dont il a souvent ouvert les concerts), à Fred Fortin ou encore à Canailles, avec qui il s’apprête à partager la scène du Club Soda aux Francos.

Une autre particularité des chansons d’Emerik est qu’elles sont en constante métamorphose, paroles comprises. En effet, l’artiste prend plaisir à les transformer sans cesse pour le live, selon la formule du concert et son auditoire. "Le show a beaucoup évolué et est devenu plus immersif. En groupe, on essaie d’amener les chansons à texte ailleurs. Et dans ce contexte-là, la musique parle autant que les mots", dit-il, en confiant son intention d’interpréter avec toute sa bande des Francos la chanson Y va toujours y avoir, composée par le légendaire Richard Desjardins en 1998.

Vers l’été

Même si le premier album n’a pas encore un an, Emerik révèle que son processus de création est loin d’être en pause. Des trois morceaux enregistrés avec son groupe, l’un – Tempérance – est paru le 15 juin. "Je ne tiens pas à lancer toutes mes nouvelles chansons d’un coup sous forme d’album complet, avec tout ce que ça implique. Ce n’est pas non plus le nouveau Star Wars !", déclare-t-il souriant, tandis qu’il explique les nouvelles directions que prend son groupe.

"Cette fois, on fait exprès d’enregistrer les chansons peu de temps après leur composition, pour garder leur fraîcheur. On les répète 10 à 15 fois puis on garde la meilleure prise", dit Emerik, en révélant qu’il aime ensuite tester les nouveautés en voiture. On devrait y déceler le "côté été" de Mon doux saigneur et les sonorités organiques qui découlent de sa collaboration avec Tonio Morin-Vargas (Bernard Adamus). "J’écoute ça et j’ai l’impression que c’est moi, de bonne humeur, qui parle à mes amis."

Mon doux saigneur Mon doux saigneur (Grosse boîte) 2017

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