Mylène Farmer, l'éclat retrouvé

"Désobéissance", le nouvel album de Mylène Farmer. © DR

Si la diva rousse nous avait laissés de marbre il y a trois ans avec Interstellaires, elle se renouvelle avec Désobéissance sans totalement se dénaturer. Dansant, éclectique, audacieux, moins désenchanté, ce onzième album a de véritables atouts et replace enfin Mylène Farmer sur l'échiquier purement artistique.

Ses concerts ne se sont jamais départis de leur force d'attraction prégnante. Mais cela faisait longtemps qu'on attendait un album de Mylène Farmer que l'on aimerait vraiment, en entier. Depuis Avant que l'ombre... en 2005, elle réussissait à parsemer ses œuvres de quelques coups d'éclat à défaut de nous emballer sur la longueur. Surtout, on finissait par retenir davantage l'aréopage de collaborations prestigieuses (Moby, Sting, RedOne, Archive) plutôt que la qualité des chansons.

La popstar iconique, qui maîtrise mieux que quiconque l'art du mystère, avait d'ailleurs surpris son monde en dévoilant progressivement en amont trois morceaux. Une stratégie de lancement inédite chez elle. Il y a aussi la pochette, signée Jean-Baptiste Mondino, sujette à de multiples interprétations. Symbolique de pouvoir napoléonien avec la présence du fauteuil Empire, l'aigle jupitérien et l'épée ? Domination tendance sado-maso marquée par la veste et les bottes en cuir ? Retour à l'esthétisme des années fastes, celles de Libertine et Pourvu qu'elle soit douce ? Peut-être en révélera-t-elle la signification lors d'une de ses rarissimes sorties médiatiques. Au même titre que l'identité de l'énigmatique Léon Deutschmann.

Le débat est lancé sur les forums de fans et ceux-ci plaident ardemment pour un pseudo pris par Laurent Boutonnat tant sa patte serait reconnaissable. Ici, celui qui est majoritairement à la manœuvre de la production de Désobéissance - sept titres sur douze - s'appelle Feder. Le DJ niçois, révélé notamment par les tubes Goodbye et Breathe, extrait la chanteuse d'une mécanique bien trop huilée et fait souvent preuve d'une audace salvatrice : l'électro-soul urbaine de Prière, l'association aussi bien heureuse que minimaliste du violoncelle et des programmations sur Au lecteur (chanson sur laquelle elle récite des vers des Fleurs du mal de Baudelaire), le groove extatique de Rolling Stone.

La rythmique chez Mylène Farmer est toujours aussi reine à l'image de Sentimentale (clin d'oeil "Dix, onze, doux/Pourvu qu'elle soit douce") et de Désobéissance, deux chansons accrocheuses à souhait. Le duo N'oublie pas avec la chanteuse américaine LP fonctionne à plein régime, Get up Girl dévoile une sensualité sombre, Des larmes emprunte une veine funk langoureuse, On a besoin d'y croire impose son positivisme batailleur et dansant.

L'humeur est moins désespérée qu'à l'accoutumée, et même parfois sexy-revendicative (l'étonnant Histoires de fesses). Bien sûr, impossible d'imaginer un album de Farmer sans sa ballade lacrymale et la voix pulvérisant les aigus. Retenir l'eau s'approche de la mélancolie dévastatrice de Redonne-moi et Je te dis tout, dernières grandes réussites dans ce registre.

Mylène Farmer Désobéissance (Stuffed Monkey/#np/Sony) 2018

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