Miossec, pour les vivants

La chanteur français Miossec questionne le quotidien dans son album "Les Rescapés". © Julien T. Hamon

Avec son dernier disque, Les Rescapés, le chanteur brestois Miossec célèbre les survivants, questionne le quotidien, la vie et la mort : un beau disque, de chair et de sang, de groove et de sons.  

Les Rescapés : jamais titre d’album ne parut aussi bien coller à la peau de Miossec, chanteur cabossé, âme écorchée vive, sauvé des houles, des déboires de l’alcool et des disparitions des copains. Rescapé, assurément il l’est, ici accompagné. Sur les pistes de son disque, à ses côtés, danse la tribu de ses pairs : ceux qui surnagent, ceux qui embrassent la lumière, les survivants, comme lui. 

Dans ses chansons, il salue avec une tendresse solide les incendiaires, les infidèles, les instants volés sur les parkings des supermarchés, ces hommes, ces femmes, qui jouent avec la vie pour des instants de bonheurs, qui se brûlent, qui s’apaisent et surnagent. Qui continuent. Parmi les histoires des autres – un peu, aussi, les nôtres – Miossec reprend, le temps d’une chanson, le goût du "je" : "Je sais qui j’étais, je sais ce que je ne suis plus/Je sais ce que je faisais, je sais ce que je ne ferai plus/ Je sais qui j’aimais, je sais qui je ne déteste plus" (Je suis devenu). 

Parfois, le texte flirte avec une certaine naïveté, les vers épousent quelques facilités, mais l’essentiel y est : avec son timbre si reconnaissable, sa voix rauque et fragile, sa façon bancale, bien à lui, de poser son chant sur la musique, Miossec reste immensément touchant. Peut-être parce qu’il sait si bien, avec les mots les plus simples, mettre des couleurs et des images sur la complexité de nos sentiments. 

Un disque qui groove

Aux allures de disque métaphysique, Les Rescapés questionne l’aventure du quotidien, l’écologie, l’amour, les déchirures, les paysages… et la mort. Et Miossec de chanter : "On vit pour faire danser toute une salle entière". Car, sur ce disque, le chanteur groove comme jamais. Ici, les sons reflètent les lumières d’une boule à facette, et une envie irrésistible de swinguer. 

Une fois encore, le chanteur nous surprend par son orientation musicale, à l’opposé des guitares rugueuses qu’il utilisait à ses débuts. La texture s’y fait électronique avec l’utilisation de synthés vintage – Roland SH 1000, Orgue Yamaha, une boîte à rythmes italienne, Elka, etc. Sur ces matières, Miossec sculpte des mélodies, des reliefs, des contrepoints, des tourbillons musclés, des voiles de bateaux gonflées par les vents, dans lesquels soufflent ses mots.

Il y a de l’urgence dans ce beau disque, de chair et de sang, de groove et de sons, dans cet opus au cœur sensible, qui apaise et respire. Plus encore qu’à l’accoutumée, peut-être, Christophe Miossec colle avec ce qu’il est, ce qu’il est devenu. Chaque opus du Brestois paraît épouser ce qu’il vit : une honnêteté, une fidélité envers lui-même, au temps qui passe et au présent. Étrangement, pourtant, ce disque s’inscrit en parfaits échos à Boire, son tout premier opus, en 1995. Il vibre de la même tension, de la même sincérité, de la même passion, de la même présence. Avec quelques rides et une tonne d’espoir en plus. Avec une lumière, et un regard différent. 

Miossec Les Rescapés (Columbia/ Sony Music) 2018

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