Johnny Hallyday, amour éternel

Pochette de l'album "Mon pays c'est l'amour" de Johnny Hallyday © DR

Le disque posthume de la star, Mon pays, c'est l'amour, risque de faire l'unanimité auprès de son incroyable armée de fans. Du rock pur et dur, du blues, des chansons-bilan, des crochets sur une Amérique fantasmée, des ballades grandiloquentes. Le cahier des charges est pleinement rempli sous la houlette du réalisateur Maxim Nucci. Revue de détail.

Disque de platine - plus de 100 000 exemplaires - déjà ce vendredi 19 octobre par la combinaison des pré-commandes et des achats de la nuit, l'album Mon pays, c'est l'amour étant en vente depuis minuit. Voici l'ultime tour de force du Taulier, qui même disparu, cristallise toutes les attentions et fait péter médiatiquement tous les plafonds. 

Ça ne finira jamais, pour paraphraser le titre de l'album 2008. Ce titre-là avait plus belle allure que celui retenu pour ce disque posthume. Mon pays c'est l'amour, c'est parfait pour un roman à l'eau de rose de Danielle Steel mais moins adéquat pour quelqu'un qui a passé son existence à clamer son refus de "mourir d'amour enchaîné"

Il faut faire donc abstraction de cette appellation guimauve pour se plonger dans le cœur des chansons. Ce qui scotche et mettra tout le monde d'accord, c'est la voix bien sûr. Intense, mastodonte, éminemment puissante. Impossible d'imaginer qu'elle soit celle d'un homme malade. 

Début sur les chapeaux de roue avec J'en parlerai au diable : introduction qui révèle un cousinage flagrant avec Que je t'aime, rock épique et premières salves de confessions troublantes. Il dit : "Le jour viendra où il me faudra répondre de mes actes", "J'ai trop flirté avec les limites, je ne peux le nier". Ou encore dans un refrain à l'efficacité saisissante : "J'en parlerai au diable. Si l'heure vient sonner, il saura m'écouter. M'asseoir à sa table et dire ma vérité. Innocent ou coupable. L'homme que j'ai été". La chanson éponyme, la préférée apparemment de Johnny et de son staff, dévoile des sonorités pétaradantes sixties et se termine même par un "Yé !" indissociable de sa posture éternelle de rocker. Dans le texte, on peut aussi y voir un retour clin d'œil-mise au point sur la polémique autour de son identité nationale. 

Encore du rock pur jus avec Made in rock’n’roll' roll, adaptation d'un morceau de JD Mc Pherson ("Ce n'est pas l'argent qui me fera tenir en place/Ce n'est pas le temps qui va user ma carcasse/Le temps, il se lassera avant moi"). Puis l'un des sommets du disque, Pardonne-moi. Ballade émouvante, grandiloquente et crescendo, taillée pour les stades. "Si tu rêvais d'un autre moi/Comment pourrais-je tromper la mort quand elle me sourit ?". Ces paroles sonnent comme un adieu. À qui s'adresse-t-il ? Laeticia ?  

Plongée en cellule avec 4M2 où les guitares sont mises en avant. Une chanson country-blues sur une thématique que le chanteur n'a donc jamais cessé d'explorer jusqu'au bout (on pense notamment aux Portes du pénitencier). Le rêve américain, encore et toujours, avec Back in L.A. et L'Amérique de William. Si la première des deux chansons montre un Miossec à la plume moins inspirée qu'à l'accoutumée (en tout cas loin de 20 ans, chanson qu'il avait offerte au chanteur pour l'album L'attente et célébrée par une Victoire de la musique en 2014) sur un blues gorgé de chœurs, la seconde s'embourbe dans les clichés autour des grands espaces et des photos de William Eggleston.

Johnny ne sort pas de sa zone de confort sur Un enfant du siècle. Du rock FM dans lequel le désenchantement prend le dessus ("Que reste-t-il de nous puisqu'on fait semblant et qu'on s'habitue à ne rien de dire de tout ?"). L'album contient aussi sa petite histoire inattendue. En 2015, un fan dénommé Boris Lanneau a remis à Bertrand Lambot, le directeur artistique de Johnny, un petit cahier contenant des textes. Dedans se trouvent les mots de Tomber encore. Des mots qui embrassent le désir amoureux ("Fais moi encore tomber, tomber amoureux fou, tomber à genoux") Maxim Nucci, le réalisateur de l'album, et le guitariste Yarol Poupaud, s’attellent à la musique. Un fan qui s'acoquine avec l'équipe de Johnny lors de sa dernière ligne droite, l'association est significative de l'histoire de l'homme. 

La conclusion est, elle, à l'image de l'ouverture : frissonnante avec la montée en puissance de cuivres. Là encore au sein de Je ne suis qu'un homme, des confessions qu'on ne peut pas dissocier du contexte au moment de l'enregistrement. "J'aurais voulu rester pour le pire, le meilleur...J'aurais voulu rester comme au premier jour mais je ne suis qu'un homme. Je suis à la recherche, encore, d'un remède, au destin". Le sien fut vertigineux et hors-norme.  

Johnny Hallyday Mon pays, c'est l'amour (Warner) 2018
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