Gaëtan Roussel, trafiquant de pop

Gaëtan Roussel signe un troisième album solo : "Trafic". © Yann Orhan

Le chanteur de Louise Attaque poursuit sa carrière solo, mais jamais en solitaire. Avec Trafic, il signe un troisième album pop, dont les musiques colorées tranchent avec un propos pas toujours optimiste. Parmi les faiseurs de chansons les plus talentueux en France, Gaëtan Roussel renouera-t-il avec ses plus gros succès ? C’est en tout cas un chanteur détendu qui nous a parlé de ses "trafics de mélodies, de sons, et de rencontres".

Il y a des questions, comme ça, qu’on se pose quand on se penche sur la carrière de Gaëtan Roussel. Quelles traces les rencontres laissent-elles sur vous ? Et qu’est-ce qu’on laisse, en retour ? Le chanteur de Louise Attaque éludera la deuxième interrogation. Mais à la première, il répondra : "Les gens avec lesquels je collabore me font grandir, réfléchir, douter, et c’est qui me fait avancer. Quand je vais en studio avec quelqu’un, même pour une chanson, je ressors avec plein d’idées. Il y a des phrases, des moments sur lesquels on ne percute pas, qui ressortent un jour ou qui sont là, de manière récurrente. L’inconscient fonctionne bizarrement. Quand je travaille sur le dernier album de Raphael, par exemple, j’essaye de proposer une idée pour qu’il raconte son histoire. Après, il y a des gens qui m’aident à raconter ma propre histoire."

Ces rencontres, souvent fructueuses, sont même devenues une façon de faire pour Gaëtan Roussel. En solo mais pas pour autant en solitaire, le chanteur publie un troisième album pour lequel il s’est fait "trafiquant de mélodies, de sons, et de rencontres". Pour ce Trafic imaginé à l’occasion de voyages à Los Angeles et achevé à Paris, il a fait appel à un nouveau trio de jeunes compositeurs formé par Justin Stanley, Jonas Myrin, et Dimitri Perrono. Si on retrouve quelques collaborateurs de longue date de-ci, de-là, son équipe a largement été renouvelée autour de lui. "À ce jour, j’essaie de faire de la pop en français, en ayant une attitude rock. Ça veut dire quelque chose qui soit jeté et pas contemplatif. Je voulais avoir le nerf et l’os des chansons", souligne-t-il.

Mélodies joyeuses, paroles mélancoliques

Il parle de chansons "très ouvertes", comme au début de Louise Attaque, ce sont en réalité des morceaux parmi les plus directs gravés en un peu plus de vingt ans de carrière. Des mélodies légères, des refrains remplis de chœurs, et des boucles de textes répétitives où l’on reconnaît bien sa patte. "J’avais envie de proposer une musique qui fait du bien, qui rentre par les pieds, sur laquelle on peut danser, poursuit-il. Cela ne veut pas dire qu’on ne dit rien avec les mots, mais cela peut contre-balancer. Ce qui reste mon leitmotiv dans une chanson, c’est qu’on ait un peu de place pour s’installer : avoir de l’interprétation, la liberté de suivre les mots ou la mélodie."

En contre-point de musiques souvent entrainantes, les textes abordent des thèmes pas toujours légers : le doute, la rupture, être étranger à l’autre. Évoquant la maladie d’Alzheimer et la perte de la mémoire, Hope n’a rien du titre tout à fait joyeux qu’il semble être. Dans Tu me manques (pourtant tu es là), "le constat est sévère", sourit même mister Roussel, mais cette ballade interprétée en duo avec une Vanessa Paradis magnétique, n’est jamais tout à fait sombre. Et c’est pareil pour N’être personne et Début, où l’espoir jaillit toujours… à la fin.

Ceux qui aimaient ses tubes rêches seront déçus par un côté assez accrocheur. Mais Gaëtan Roussel n’en reste pas moins l’un des meilleurs artisans de la chanson française à tendance rock. Celui qui avait entièrement produit et écrit la plupart des morceaux de Bleu Pétrole, le dernier album d’Alain Bashung avant sa mort, attache depuis longtemps un soin particulier à la production de ses chansons, s’entourant d’orfèvres en la matière. Cette fois-ci, c’est Antoine Gaillet (M83, Julien Doré, Miossec...) qui a donné la touche finale à ce disque bien coloré.

Louise Attaque, une reformation encore fraîche

Comme pour Lady Sir, le duo formé avec l’actrice Rachida Brakni, il faudra voir le chanteur sur scène, où il est désormais un véritable performer. À ce propos, il concède : "Avec Louise Attaque, c’est vrai qu’on a mis longtemps à éclore, à lever la tête. En 2013, j’ai fait une création aux Francofolies de La Rochelle, autour du disque de Bashung, Play Blessures. Je n’avais pas de guitare et, il y a autre chose qui s’est passé. Je me suis dit que je pouvais vivre la scène différement, plus comme un "chanteur". Plus je suis libre de ma guitare, plus je suis heureux maintenant. Et puis, j’aime bien être entertainer, ça ne change pas mon propos et ça m’aide. Je ne suis pas un danseur mais je bouge !"

La reformation de Louise Attaque intervenue il y a deux ans, est encore fraîche pour tout le monde. Elle a mis du baume au cœur de son leader. Reparti à trois sans son batteur originel, le groupe avait signé un album très tenu, et poursuivi une tournée, où il semblait réconcilié avec ses premiers tubes, Léa, J’temmène au vent ou Ton invitation, qui ont longtemps éclipsé tout le reste. "On s’est aperçu que ce n’était pas si compliqué de faire se cotoyer des chansons d’aujourd’hui et les chansons d’il y a vingt ans. Les gens étaient tellement bienveillants, qu’il n’y avait plus qu’à le vivre. D’ailleurs, aujourd’hui, Louise Attaque, c’est un sujet sur lequel on est très détendu et décomplexé. On pourrait refaire une chanson demain, ne rien faire pendant dix ans, ou remonter sur scène dans trois ans, peu importe. On a bien balisé le sujet pour rendre ça possible", assure-t-il.

À bientôt 46 ans, Gaëtan Roussel reste très modeste. Désormais auteur et, à ses heures, animateur de radio, il devrait continuer longtemps d’écrire des chansons très populaires pour lui comme pour les autres.

Gaëtan Roussel Trafic (Barclay) 2018

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