Les grands écarts des Francofolies de Spa

© G. Charlier/Francos de Spa

La 23e édition des Francofolies de Spa, marquée par un déploiement de sécurité assez impressionnant et qui s'achève le 23 juillet, s'appuie sur un éclectisme assumé. D'où la possibilité pour le festivalier de s'offrir d'un côté Polnareff, Kendji Girac ou Obispo, et de l'autre, Ghinzu, La Grande Sophie ou Marvin Jouno.

Ce qui frappe d'abord, c'est la sécurité  notablement renforcée. Les autorités sont sur le qui-vive. La tragédie de Nice et la menace terroriste niveau 3 sur le territoire belge obligent à une vigilance de tous les instants. Festival sous haute surveillance avec ses rues bloquées par des blocs de béton et des véhicules blindés. Difficile aussi de ne pas remarquer la présence accrue de militaires et de policiers au sein des axes stratégiques du centre-ville.

Pour accéder au site, il faut ainsi emprunter un des cinq points d'entrée sous forme de couloirs en entonnoir. Personne n'échappe au contrôle des sacs et à une fouille au corps. Mécanique ininterrompue et imperturbable. Personne ne montre le moindre signe d'agacement. Coopération citoyenne et sans heurts. "C'est de notre devoir d'assurer la sécurité de ce public familial. On ne peut pas faire abstraction de ce qui s'est passé ces derniers mois. J'écoute les autorités compétentes et je fais ce qu'on me dit. Mais quand on se retrouve au cœur du village Francofou, on retrouve ce sentiment de convivialité", confie Charles Gardier, le directeur du festival.

Jour 2. 14h. Horaire doublement bâtard. Parce que pointage de festivaliers encore minimal. Parce que soleil assommant et frappant sans relâche. Un tout petit public se retranche dans les quelques zones d'ombre envisageables. Cela ne se bouscule pas en devant de scène. Rien n'entame cependant la détermination de Marvin Jouno, une des bonnes nouvelles cette année de la chanson française.

Ce trentenaire, ancien chef décorateur pour le cinéma, est étonnamment à l'aise et surtout attractif. Habité par une force fiévreuse, il entame son set par l'emballant Si le vous vous plaît et dit : "Mon album s'appelle Intérieur nuit. C'est très particulier de le jouer en extérieur jour". Il enchaîne par L'avalanche, aux mots à fleur de derme. Il danse de manière syncopée, en génuflexion. L'écriture est enlevée, noire, tourmentée. La voix, enveloppante.

Chez lui, il y a une certaine obsession pour les lieux géographiques et les nuits dans lesquels on se ment. Marvin Jouno -  qu'on a trop tendance à comparer à Benjamin Biolay - parvient à combiner en permanence une pop-électro fertile avec le désenchantement jamais plombé des textes. Journal intime d'un sentimental blessé et troublé, qui s'interroge : "Pourquoi demain est toujours en avance ?".

On se laisse happer par les chansons accrocheuses (Quitte à me quitter, Love Later), et charnelles (Vincent de 7 à 9). Mais cette belle latitude émotionnelle trouve son éclat et son tranchant dans un titre fulgurant et basculant, dans son final, vers une house ardente (Larme blanche).
 

© N. Joveneau

Mustii aux Francos de Spa 2016

Foule autrement plus compacte pour Mustii, révélation belge. Et le gaillard, certain de son pouvoir de séduction, ne manque pas d'assurance. Il déboule tel un boxeur prêt à en découdre sur le ring, n'en finit pas de tourner sur lui-même et laisse étrangement voleter ses mains  Postures crâneuses qui pourraient sérieusement agacer si les morceaux étaient vides de toute substance. Mais son électro sombre gorgée de new wave et sa voix mordante s'incrustent dans nos synapses. Sensualité froide et mélodies sinusoïdales traversent les morceaux.

En début de soirée, les chansons joliment ciselées et luxuriantes de Nicolas Michaux sont battues à plate couture par Boulevard des airs. Plus aucun mètre carré de disponible pour assister à la prestation de la formation française. D'où vient ce curieux engouement ? De la chanson Bruxelles, reprise frénétiquement en chœur ? Du bon esprit et de l'entrain qui transparaissent chez chacun des membres du groupe ? En tout cas, les corps de dandinent comme s'ils étaient poussés par le vent.

Aux Francofolies de Spa, on est adepte du grand écart et on le revendique. Les démarches les plus indépendantes et innovantes côtoient les artistes les plus populaires et les plus commerciaux. Pas de place pour le snobisme. Comme on dit, il y en a pour tous les goûts. "Je ne suis pas friand des niches parce que les publics se rejettent. C'est le festival de tous les possibles. Parier sur l'émergence et proposer des têtes d'affiche ne sont pas incompatibles", assure Charles Gardier.

Si on fait l'impasse sur des choses difficilement digérables (Louane, Kendji Girac), la marge de manœuvre de délectation est loin d'être verrouillée. Pour cela, on se penchera sur la bouillonnante scène belge qui représente ici 80% de la programmation. Entre les refrains quatre étoiles de Puggy, la puissance sonique de Ghinzu, la promesse Alice On The Roof, le vent d'ouest insufflé par  Dalton Telegramme et le come-back de Hollywood Porn Star, la feuille de route est attrayante.

Site officiel des Francos de Spa
Site officiel de Marvin Jouno