L’hommage de Moriarty et ses amis à Alain Peters

Zanz in Lanfér, Wati Watia Zorey Band © DR

Pour reprendre Alain Peters, poète maudit, chantre de l’âme réunionnaise, six musiciens ont formé le Wati Watia Zorey Band, composé, entre autres, de membres de Moriarty et de la chanteuse Marjolaine Karlin. De leur union émerge un disque tendre, juste et infiniment poétique.  

Alain Peters, héraut de l’âme réunionnaise, vagabond des étoiles, poète au cœur écorché, musique et verbe insoumis au creux des poings, auréolé des vapeurs du rhum : chanter ses vers, sillonner ses sentiers chaotiques, ses élévations sublimes, ses chutes vertigineuses, relève du défi, du risque du contresens, à fortiori lorsqu’une équipe de "Zorey", grandi loin des rivages de la Réunion, s’attelle au pari.

Ici, pourtant, dans ce Wati Watia Zorey Band ("Wati Watia" signifie "micmac"), la somme des sensibilités éclaire l’icône, réfléchit ses facettes multiples : aux couleurs des musiciens de  Moriarty – la voix patinée de Rosemary Standley, l’harmonica et la guimbarde de Thomas Puéchavy, la guitare électrique d’Arthur B. Gillette –, s’emmêlent la voix poétique de la chanteuse Marjolaine Karlin, les percussions du Franco-vénézuélien Salvador Douézy, et le saxophone basse, terrien, de Remi Sciuto. A la grâce de leur communion, les titres de Peters se parent d’autres nuances, boisées, végétales, luxuriantes, féminines, multicolores.

Surtout, l’ingrédient principal de cet hommage réside dans l’amour, le profond respect, que lui porte chaque musicien dans l’élégance et la justesse. Loin de reproduire, de traduire à la lettre, ou de trahir ses chansons, les six musiciens cherchent à la source, vers cet endroit profond, intime, d’où voyage Peters, cette langue du cœur.

Parmi les titres les plus connus (Rest’la Maloya, Mangé pou le cœur, Caloubadia…), brillent aussi deux textes inédits, offerts par la fille d'Alain Peters, Ananda Dévy, mis en musique par Marjolaine : Fièriment votre, allégorie de la mort, d’un cercueil, et Le Nid Guêpe, plus léger, caustique, sur le piège du mariage.

Le disque, doté d’un riche livret, inauguré par la reprise d’un titre de Danyel Waro en hommage à Peters, s’intitule Zanz in Lanfér, un ange en enfer. Et c’est bien ici, dans les ténèbres, parmi les flammes, qu’ils suivent Alain, et son esprit. Pour autant, le disque sonne lumineux, apaisé : une rédemption. Sur ces notes, ces lointains enfants de Peters lui tendent la main et dévoilent en musique, son héritage pavé de lumières.

Wati Watia Zorey Band Zanz in Lanfér (Air Rythmo) 2016

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