Cœur de Pirate, l’ouverture du jardin

Cœur de pirate © Maxyme Delisle

Trois ans après son dernier disque, Roses, Béatrice Martin, plus connue sous le nom de Cœur de Pirate revient avec un nouvel opus, au titre poétique, En cas de tempête, ce jardin sera fermé. Celui-ci succède à un passage à vide, une relative traversée du désert, où la jeune femme n’arrivait plus à créer ni à chanter. Puis la volonté d’écrire a surgi à nouveau, et avec elle, la sève de la vie ! Rencontre.

RFI Musique : Vous avez sorti Roses, votre dernier disque, il y a trois ans. Que s’est-il passé depuis ?
Cœur de Pirate : J’ai assuré une multitude de concerts au fil d’une énorme tournée qui m’a projetée dans des voyages assez fous. J’enchaînais les shoots d’euphorie sur scène et, juste après, de grands moments solitude. Du coup, quelque chose a été bouleversé psychologiquement en moi… J’ai commencé à me réfugier en moi-même, à réaliser une grosse introspection. Je me suis aperçue que malgré tous les événements formidables que je vivais, j’étais revenue au point de départ de ma vie d’avant.

C’est-à-dire ?
Je répétais toujours les mêmes erreurs, je me retrouvais dans des situations similaires. Du coup, je me suis penchée sérieusement sur ma personne. Je me suis demandé si j’étais particulièrement malchanceuse, ou si je provoquais à l’infini ces retours de bâton. Et pour la première fois, dans mes chansons, j’ai approché des thèmes que j’avais peur d’aborder.

Quels thèmes redoutiez-vous justement ?
Disons que, dans mes relations personnelles, je cherche inconsciemment tout le temps des gens qui me traitaient comme de la m… Quand j’étais enfant, je me faisais chahuter dans la cour de récréation. J’étais le bouc émissaire de mes camarades. Je pense que ces événements initiaux ont beaucoup influencé ce que je recherchais inconsciemment dans ma vie. Et puis, le mouvement #metoo m’a permis aussi de mettre des mots sur des événements passés : sur des situations un peu particulières que j’ai pu vivre, en termes de consentement, etc. Je ne sais pas trop comment l’expliquer, mais je le chante !

Beaucoup de magazines people évoquent en effet, quant à votre parcours, une traversée du désert, voire une descente aux enfers…
Je n’ai pourtant jamais dit ça. Les titres de ces médias doivent avoir vocation à générer des clics ! Je n’irais pas, en effet, jusqu’à employer des termes aussi fort, même s’il est vrai que j’ai traversé un douloureux passage à vide. Après une tournée de trois ans, après avoir reçu beaucoup d’amour, quand tout s’arrête, tu perds tes repères. Plus rien ne se passe : seule résonne ta solitude. J’ai mis du temps à comprendre ce qui m’arrivait, je l’ai géré, lentement mais sûrement. Dans l’intervalle de temps, j’ai connu un blocage créatif : je n’arrivais plus à écrire. Pendant un moment, je ne faisais plus rien. 

Comment vous est revenu le goût d’écrire des chansons ?
Lorsque j’ai fait l'émission Nouvelle Star, un candidat m’a profondément touchée avec son histoire. Il m’a donné l’impulsion pour reprendre un rôle public. Je me disais à ce moment-là que je resterais désormais dans l’ombre : comme manageuse d’artistes, comme auteur-compositrice, pour d’autres artistes. Et puis le déclic a surgi, et l’envie est revenue…

La chanson, ça aide à aller mieux ?
Bien sûr ! C’est de la thérapie ! Composer m’aide énormément à passer à autre chose, à tourner la page. Et puis, les chanter sur scène permet de mettre tes émotions à distance : ces expériences-là ne t’appartiennent plus en propre, mais se partagent avec ton public. Les gens se projettent dans tes histoires, se les partagent – elles pèsent un peu moins lourd.

Pourquoi avez-vous choisi ce titre, En cas de tempête, ce jardin sera fermé ?
J’ai tout volé à la Ville de Paris. C’est une pancarte plantée dans les squares. En 2011, alors que je déambulais dans les rues en pleine crise de panique, j’ai aperçu cet écriteau, et sa force poétique m’a immédiatement apaisée. J’ai pris ça comme une métaphore.

Quel bilan tirez-vous de vos dix ans de carrière ?
Je me considère extrêmement chanceuse. J’ai eu la chance de voyager énormément, de recevoir un paquet de bonnes vibrations. Ça m’a fait grandir rapidement !

Comment composez-vous ?
Une mélodie surgit. Puis je pose des paroles dessus. J’écris de manière impulsive, instinctive. C’est vraiment une manière de digérer tout ce qui m’arrive. Aujourd’hui, je vais très bien.

Cœur de Pirate En cas de tempête, ce jardin sera fermé (Universal Music) 2018
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