La bataille des comédies musicales

© Caiaimage/Robert Daly/Getty

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'offre des comédies musicales en France est abondante depuis la rentrée. Alors que de nouvelles productions ne vont pas tarder à entrer dans la danse, petit tour d'horizon des forces actuellement en présence : des créations comme des reprises, avec pour dénominateur commun, une plongée dans l'histoire et la littérature. Revue de détail.

Oliver Twist à la salle Gaveau
S'il fallait n'en choisir qu'un, ce serait incontestablement celui-là. Du spectacle complet, intelligent, fort, jubilatoire, émouvant, qui fait battre le cœur à toute vitesse. Cette adaptation du roman culte de Charles Dickens, digne de l'esprit de Broadway, se révèle irréprochable tant sur le fond que sur la forme. Dès la bluffante séquence d'ouverture dans laquelle on découvre une cohorte de gamins affamés dans un pensionnat, c'est un ravissement permanent. Les étapes des aventures du jeune héros s'enchaînent sans répit dans un décor qui rivalise d'ingéniosité et d'astuce. Réussite totale à tous les niveaux donc : travail remarquable au niveau du maquillage et des costumes, fulgurances à l'image de ces impressionnantes chorégraphies à l'unisson, brillance des dialogues, voix impeccables, mise scène de Ladislas Chollat - qui a reçu le Molière en 2015 pour Le père - d'une incroyable vivacité, prestance des acteurs-chanteurs (l'expressif Nicolas Motet est un extraordinaire Oliver Twist et Prisca Demarez dévoile une impressionnante palette émotionnelle). Voilà comment redonner à la comédie musicale à la française des lettres de noblesse.
Site officiel de la comédie musicale Oliver Twist
Représentations jusqu'en février 2017 à Paris

Le Rouge et le Noir au Palace
Se pencher sur le chef-d'œuvre de Stendhal pour l'ériger en opéra rock, il fallait oser. Sachant aussi qu'on retrouvait le nom d'Albert Cohen et qu'on avait eu un profond rejet pour certaines de ses productions (les indigestes Le Roi Soleil et Mozart, avec son acolyte de l'époque Dove Attia), difficile de ne pas être dubitatif sur le papier. Mais ces réticences initiales vont voler en éclat. Certes l'œuvre est ici essentiellement réduite aux idylles amoureuses et l'ascension sociale du jeune Sorel, mais la scénographie qui s'appuie sur des vidéos, la qualité de la distribution et l'efficacité des chansons emportent l'adhésion. Même s'il manque un tube significatif, celle-ci bénéficie du savoir-faire de Zazie et de Vincent Baguian qui ont œuvré sur les textes. En mezzanine, les musiciens jouent live et avec générosité. La surprise finale provient du casting. Si chacun remplit son rôle à la perfection, ce sont - une fois n'est pas coutume - deux ex-candidats de The Voice qui se détachent du lot : d'abord Yoann Launay, théâtral Géronimo ; et surtout Côme, charismatique à souhait en Julien Sorel et chant conquérant. Une belle révélation.
Site officiel de la comédie musicale le Rouge et le Noir
Représentations jusqu'en janvier 2017 à Paris

Un été 44 au Comédia
Là encore, il ne faut pas être rebuté par la thématique qui n'a rien de plombante. Bien au contraire. Un été 44 s'arrête sur la destinée de plusieurs héros anonymes de la Seconde Guerre mondiale. Il s'agit d'une plongée dans les caves normandes sous les bombardements jusqu'à la Libération. Jamais ce spectacle musical lumineux, fédérateur et au charme artisanal ne se vautre dans les clichés. Parce que les personnages ne sont pas brossés superficiellement. Parce que l'émotion est prégnante. Parce que les apparitions en vidéo de la narratrice, en l'occurrence la sublime Maria Berenson, apportent un véritable supplément d'âme. Parce que les lumières du taulier en la matière, Jacques Rouveyrollis, sont étincelantes. Sur le plateau règne un incontestable esprit de troupe. Peu de mouvements de danse, mais des chansons populaires, écrites par un casting d'auteurs-compositeurs prestigieux (Aznavour, Goldman, Le Forestier, Chamfort, Bernheim, Fauque, Benzi...). Le bouche-à-oreille semble fonctionner à plein régime. Et pour le coup, ce n'est pas volé.
Site officiel de la comédie musicale Un été 44
Représentations jusqu'en février 2017 à Paris

Les Trois Mousquetaires au Palais des Sports
Ne pas s'attarder sur le livret qui multiplie les raccourcis historiques et qui a la fâcheuse tendance de perdre le spectateur en cours de route. Les Trois Mousquetaires en question n'en ont, évidemment, que le nom. Tout n'est que prétexte à une débauche visuelle déployée par des moyens spectaculaires. La scénographie moderne ne se fiche pas du monde, les danseurs sont impressionnants, les scènes de combats à l'épée ne manquent pas de panache et l'ennui ne pointe jamais le bout de son nez. Il n'empêche qu'on suit cela avec un intérêt plus que relatif et sans grande passion : défilé de torses nus avantageux, des costumes parfois à côté de la plaque, des protagonistes principaux dénués de charisme (seul Damien Sargue et Emji s'en sortent avec les honneurs), une succession de tableaux sans liant. Quant aux chansons, elles sont contaminées par une eurodance bourrine et abrutissante. Nos oreilles en saignent encore.
Site officiel du spectacle Les trois Mousquetaires
Représentations jusqu'en juillet 2017 en France

Notre-Dame de Paris au Palais des Congrès
Comme Les Dix Commandements qui a squatté Bercy durant trois jours en novembre dernier, reprise d'un classique du genre. Créé en 1998, ce spectacle de Luc Plamondon et Richard Cocciante avait effectué un insolent retour. Mise en scène à l'identique avec ce mur aux éclairages changeants. Les chorégraphies ont pris un petit coup de vieux. Le premier acte avance tambour battant avec son lot de tubes qui ravivera la flamme des nostalgiques (le Temps des cathédrales, Belle, les Sans-papiers). La seconde partie traîne sérieusement en longueur. Seul rescapé de la distribution originale, Daniel Lavoie qui campe à nouveau le rôle de Frollo. Pourquoi ce choix de voix si proches de Patrick Fiori et Garou pour incarner respectivement Gringoire (Richard Charest) et Quasimodo (Angel De Vecchio) ? Celle qui tire son épingle du jeu, c'est la Libanaise Hiba Tawaji, elle aussi remarquée dans The Voice. Ce retour de Notre-Dame de Paris ne laissera cependant aucun souvenir impérissable.
Site officiel de la comédie musicale Notre-Dame de Paris
Représentations du 16 au 18 décembre 2016

À suivre : le Fantôme de l'opéra, Priscilla folle du désert, Saturday Night Fever et les Choristes