Superpoze continue de planer

Superpoze. © Television

Toujours aussi éloigné des pistes de danse, Superpoze revient avec For We the Living, un second album hypnotique et vénéneux, qui sonde la fin de l'espèce humaine. Issu du beatmaking, l'artiste caennais s'en va vers une electronica sombre et épurée.

Superpoze fait partie de la dernière génération d'artistes français de musiques électroniques, aux côtés de Fakear, Petit Biscuit ou Thylacine. Des producteurs plutôt que des DJs, adeptes d'une musique électronique éthérée plutôt qu'énervée. De l'electronica à écouter allongé seul dans un lit ou dans un champ, plutôt que debout à danser dans d'immenses rassemblements.

Le magazine Tsugi avait estampillé Superpoze, Fakear et Thylacine, "anti-French touch" sur sa couverture en mars 2015. Ces trois artistes ont en commun un passage par le Conservatoire, mais aussi de venir de province et de composer en solo une musique éloignée de la techno en vigueur, adepte des mélodies. C'est un genre qui séduit donc un public néophyte au-delà des amateurs de clubs. Ou peut-être aussi ceux qui dansaient dans les années 90 et qui se sont éloignés de la cabine du DJ, mais pas des musiques électroniques. D'ailleurs, Gabriel Legeleux, alias Superpoze, raconte souvent : "La première fois que j'ai mis les pieds dans un club, c'était pour y jouer !" Âgé de seulement 24 ans, il publie déjà son second album, intitulé For We the Living.

Beatmaker

Originaire de Caen, en Normandie, Gabriel est mis très tôt derrière un piano, avant de s'adonner aux percussions entre 7 et 14 ans au Conservatoire. Le collégien s'amuse sur son ordinateur puis le lycéen se passionne pour le hip hop. De cette époque date son "blaze" de Superpoze, qu'il tague par-ci par-là, il découvre les labels Ninja Tune et Warp.

Son premier maxi sort en 2010. Il crée son label, Combien Mille Records, et lance dans le même temps le groupe Kuage, avec un autre Caennais, Adrien Leprêtre, de Concrete Knives et Samba de la Muerte. Un album, publié sur Digitalpit, compile ses premières compositions : Lost Cosmonaut. Superpoze a aussi collaboré avec son ami Stwo, petit prodige français du beatmaking, ces instrumentaux hip hop conçus sur ordinateur. En 2012, le titre The Iceland Sound assure à Superpoze une petite renommée, avec ses découpages de voix et ses échantillons de guitare. Les concerts s'enchaînent.

Crépusculaire

Pour son premier album, Superpoze abandonne le beatmaking. Opening accorde une plus grande place aux mélodies et au piano. Mais les huit titres s'affranchissent du format chanson (couplet-refrain) et des voix saccadées pour des plages instrumentales d'electronica planante. L'album est très évocateur, avec ses synthétiseurs et son piano mélancoliques, tout en épure.

Son second opus, For We the Living, poursuit dans cette veine, mais en y incorporant un assemblage de rythmiques élaborées et de rares voix (Dream Koala sur A Photograph). Parmi ses influences, Superpoze cite volontiers Philip Glass, Jon Hopkins, Air, mais surtout Bonobo et Flying Lotus (Spicy Sammish fut comme une révélation).

Pour ce dernier album, on pourrait ajouter Boards of Canada, en plus crépusculaire. "Il est inspiré de lectures, films et œuvres qui s’intéressent aux catastrophes naturelles, à la fascination de l’homme pour sa propre fin, et au discours eschatologique en général" confie Gabriel, qui cite Melancholia, Take Shelter ou Premier Contact.

Cet album est effectivement d'une noirceur à faire s’éclipser n'importe quel astre. Mais la puissance hypnotique des sons électroniques, les mélodies minimalistes du piano ou de lumineux crescendo raviront ceux qui aiment se faire des films en écoutant de la musique. Quitte à rêver d'autres mondes.

Superpoze, For We the Living (Combien Mille Records/A+LSO) 2017

Site officiel de Superpoze
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