Bachar Mar-Khalifé, "The Water Wheel" : douce transe autour d’Hamza El Din

Bachar Mar-Khalifé. © Claire Vinson

Cet été, le musicien franco-libanais Bachar Mar-Khalifé parcourt les festivals avec The Water Wheel, une création en hommage au musicien nubien Hamza El Din. Chanson de l’exil, ce concert porté par la voix hypnotique de la chanteuse soudanaise Alsarah, nous amène dans une douce transe. RFI Musique fait le récit d’une rencontre inattendue.

Il est près de 16h30 au festival Terres du Son, près de Tours. À cette heure là, c’est presque le début de la journée pour un public qui s’autorise une nouvelle sieste dans l’herbe. Une sieste qui sera bercée ce samedi après-midi là par le concert que le franco-libanais Bachar Mar-Khalifé consacre au chanteur et joueur d’oud, Hamza El Din, et par la voix hypnotique de la chanteuse soudanaise Alsarah.

The Water Wheel, "la roue à eau" en français, c’était un disque paru en 1971 par ce musicien nubien qui a longtemps vécu aux États-Unis. C’est aussi le nom de cette création, qui parcourt actuellement les festivals de l’Europe francophone, un concert dont l’intitulé a priori pointu n’a rien à voir avec la connexion immédiate qu’il suscite. Pas besoin d’initiation pour se laisser happer sous quarante degrés, par cette musique volontiers répétitive. 

Un passeur de la culture nubienne

"Hamza El Din est à part, en parallèle de l’histoire musicale, raconte Bachar Mar-Khalifé. Sa musique n’était pas une mode, elle ne le sera jamais. À la première écoute, on peut croire qu’il s’agit vulgairement de musique traditionnelle, mais c’était un visionnaire. Il a beaucoup voyagé, vécu aux Etats-Unis, au Japon, et il a choisi le oud, qui n’était pas un instrument nubien mais arabe". Né en Egypte en 1929 et mort le 22 mai 2006, à Berkeley, dans la baie de San Francisco, il s’agit d’une figure de la Nubie.

Sa vie est celle d’un passeur, qui a participé à la connaissance d’une culture millénaire, ayant régné sur l’antiquité et devenue celle de l’exil. La construction du barrage d’Assouan dans les années 60 a en effet submergé les terres des nubiens sous les eaux du Lac Nasser, poussant à l’exil une bonne partie des peuples qui vivaient le long du Nil. Disséminé entre le sud de l’Égypte et le nord du Soudan, où ils sont minoritaires, les nubiens se sont disséminés dans le monde entier.

Référence pour Bob Dylan, Joan Baez, ou le Grateful Dead, avec lequel il partagera la scène, cité par des compositeurs comme Steve Reich ou Terry Riley, Hamza El Din sera souvent repris dans les bande-originales pour le cinéma. La rencontre de Bachar Mar-Khalifé, avec cette œuvre relève d’un tout autre hasard. "J’ai découvert ce disque dans la bibliothèque familiale. À 15 ans, je l’écoutais sans savoir d’où venait ce monsieur. C’est un album que je passais en secret, seul, le soir. J’avais un peu un peu l’impression de retourner chez moi, au Liban ", explique le musicien.

Un oud qui sonne comme un orchestre

Car c’est bien le chant de l’exil qui relie Bachar Mar-Khalifé, parti à 6 ans d’un Liban en pleine guerre civile, Alsarah, qui a fui le régime soudanais puis la guerre au Yémen, avant de gagner les États-Unis à l’âge de 12 ans, et la musique d’Hamza El Din. Leurs parcours ont des nostalgies communes, qui se sont retrouvées sur la route et résonnent dans ce Water Wheel. Pour cette relecture, le piano de Bachar Mar-Khalifé se mélange avec un oud, un saz électrique et des percussions, qui servent cette musique mystique.

"Ma première vie est d’être percussionniste, rappelle Bachar Mar-Khalifé, diplômé du Conservatoire de Paris en percussion. Quand j’accompagnais les concerts de mon père1, je trainais toujours avec les percussionnistes. La percussion, c’est ce qui me faisait sortir de moi-même. S’il ne devait rester qu’une chose dans la musique, je pense que ce serait ça". On tape donc dans les mains pour ce concert où la voix légèrement éraillée d’Alsarah, échappée du groupe Alsarah & The Nubatones, mène la transe. Si l’oud du musicien nubien "sonnait comme un orchestre "aux oreilles du jeune Bachar, c’est un groupe dense, furieusement électrique parfois, qui anime ce dialogue nourri.

Parmi les plus belles choses qu’on a vues sur scène ces derniers mois, ce concert appellera un tout autre projet pour Bachar Mar-Khalifé. Il donnera à l’automne une création autour de Barbara, Arba, avec Jeanne Cherhal. D’un répertoire à l’autre, d’un piano à l’autre, on parie que son Liban voyagera encore avec lui.

1Bachar Mar-Khalifé est le fils de Marcel Khalifé, compositeur, chanteur et ouddiste, qui est une légende vivante au Moyen-Orient.

Bachar Mar-Khalifé The Water Wheel (Infiné) 2017

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