HollySiz, du rock sur le dancefloor

Hollysiz. © Dimitri Coste

Deuxième album pour Cécile Cassel, sous le pseudonyme d’HollySiz. L’actrice/chanteuse revient avec Rather than talking, où son disco-rock FM est largement allé voir du côté de l’électro et du hip hop. Il y a des refrains accrocheurs, des clips pleins de chorégraphies, et la fille du comédien Jean-Pierre Cassel – sœur de Vincent Cassel et du rappeur Rockin’ Squat- s’affirme en blonde platine. 

RFI Musique : Dans le clip de Fox, le premier extrait de votre album, vous livrez une vraie performance physique. À quand remonte votre passion pour la danse ?
HollySiz
: Cela vient du plus loin que je m’en souvienne. Dès toute petite, j’étais totalement passionnée de danse. Mon but était de me tourner vers l’opéra. Comme beaucoup de petites filles à cette époque, j’avais envie d’être "petit rat". Je pense que cela a été une manière de s’exprimer avant d’avoir les mots pour le faire. C’était un autre langage et cela ne m’a jamais quitté. Je trouve qu’on devrait enseigner la danse partout dans les écoles, parce que cela permettrait à certaines personnes qui n’ont pas les mots de gérer leurs émotions et de communiquer.

Sur scène, vous dansez aussi beaucoup. Que mettez-vous de vous-même dans le fait de danser ? Est-ce une catharsis, tout simplement, ou est-ce que cela va plus loin ?
Une catharsis, tout simplement ? Déjà, c’est beaucoup... (Rires) J’y implique mon corps, tout mon être. C’est une manière d’être généreuse dans mon travail. C’est aussi un complément de ma proposition artistique. J’écris des histoires et des mélodies qui donnent des chansons. C’est la partie "intellectuelle" du travail. Ensuite, je les retranscris par le corps pour beaucoup d’entre elles.

Sur la note biographique qui accompagne ce deuxième album, il est écrit que Rather than talking arrive dans un moment "chaotique". Pourquoi ?
C’était un moment de vide post-tournée. Durant deux ans, j’ai travaillé sept jours sur sept, et puis, du jour au lendemain, je me suis retrouvée sur mon canapé avec plus rien. Ma vie a pourtant changé à beaucoup d’égards. Je suis donc restée dans la dynamique d’avoir ma petite valise et de continuer à voyager. Sauf que je choisissais les destinations, que ce n’était pas dans le cadre de mon travail. Donc, le mot "chaotique" est un peu exagéré, mais c’était plutôt un moment d’introspection profonde.

Vous avez donc imaginé cet album aux États-Unis, à Los Angeles et principalement à New York...
J’ai vécu là-bas, j’ai fait des allers-retours, et je suis allé à Cuba au milieu de tout ça. Ce n’était pas prévu au départ, mais je suis restée presque un an à New York. La vie a fait que j’ai été très inspirée par cette ville, que je connaissais déjà très bien. Je m’y sentais à l’aise, j’ai découvert beaucoup de choses, le milieu de l’art contemporain, les danseurs. J’ai beaucoup dansé... C’est une ville riche des gens qui la peuplent, qui sont souvent de passage et qui viennent du monde entier. Elle m’a apporté beaucoup d’énergie.

Dans cet album, vous dîtes Love is a temple. L’amour est le thème n°1 de vos chansons !
Oui, il y en a pas mal. Mais est-ce que ce n’est pas ce qui fait tourner le monde ? Le sujet n°1, c’est la femme. Je parle aussi du temps qui passe, de l’instant présent, de la frustration, des rencontres manquées, qui ne sont pas obligatoirement amoureuses. C’est surtout un portrait de femme.

Dans le titre Unlimited, vous parlez de se donner du courage. En quoi est-ce un album de femmes fortes ?
C’est un album de femme, pas nécessairement de femme forte. Unlimited, cela ne veut pas forcément dire qu’on est forte au départ. C’est dire : "J’ai trouvé les réponses". Au fond, on a tous une réponse en nous, une lumière qui nous porte.

Mais lorsque vous chantez "My body my choice / My fights my voice" ("Mon corps, mon choix / Mes combats, ma voix"), la question de l’affirmation de soi est quand même bien là ?
Bien sûr ! "My body my choice" est un slogan qui a accompagné une campagne de femmes qui se sont levées contre une possible interdiction de l’avortement aux États-Unis. J’ai écrit cette chanson il y a un an, au moment de l’investiture de Trump. En Pologne, on remettait en cause ce droit, en Espagne aussi. En France, on commençait à parler à nouveau de "ces avortements de confort", et j’ai été très choquée. J’ai pris conscience de la portée de cette phrase de Simone de Beauvoir disant que rien n’est acquis et "qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question". Bien évidemment, je ne pouvais pas imaginer que tout cela serait autant d’actualité.

La pochette de ce disque évoque le film Fame et, en l’écoutant, on pense beaucoup à la musique des années 80. Où avez-vous puisé votre inspiration ?
Mes influences sont très riches. Cela ne s’entend pas, mais il y a un disque fondateur pour moi qui est Brasileiro de Sergio Mendes. C’est le tout premier CD que j’ai mis dans mon disc-man. Il a influencé ma manière de m’exprimer et de passer par la rythmique avant la mélodie. Les chanteuses que j’ai beaucoup réécoutées sont autant Annie Lennox, Cyndi Lauper que Florence and the Machine. Avec Xavier Caux, qui a co-produit l’album avec Yodelice et moi, on faisait des playlists qu’on écoutait dans la voiture. Il y avait beaucoup de choses de la fin des années 90 et du début des années 2000. Les premiers albums de Pharrell Williams avec The Neptunes, les Fugees, Portishead. J’ai fait l’album de mes rêves si j’avais 15-20 ans aujourd’hui.

Pour ce disque, vous avez changé la façon de poser votre voix…
Deux ans de tournée, ça vous change une voix. Elle se muscle différemment. Que vous soyez triste, joyeuse, ou que vous ayez mal dormi, il faut faire un concert le soir. Chanter les mêmes chansons, dans les mêmes tonalités. Il faut donc trouver des arrangements avec soi-même pour donner le meilleur. Et puis aussi, je me suis autorisée à chanter dans les aigus sur un titre comme Boy ou White Mistress. Ce qui n’était pas le cas avant. J’ai eu très envie que l’instrument principal soit la voix, pas seulement la mienne, mais aussi celles des chœurs. Les autres instruments étaient juste là pour accompagner ces voix.

HollySiz Rather than talking (Warner Music France) 2018

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