Printemps de Bourges, festival de tendances

Le collectif Bagarre au Printemps de Bourges 2018. © RFI/Edmond Sadaka

Du festival du Printemps de Bourges qui se termine ce dimanche 29 avril avec le concert de Dadju et surtout Bigflo et Oli, on pourra retenir quelques beaux moments de concert et quelques noms d’artistes qui ont attirés le public et les professionnels et plus de 80 000 entrées comptabilisées par les organisateurs. On pourra aussi tenter de dessiner les tendances de demain si cela est encore possible.

Les tendances ou comment évoluent les choses, dans quelles directions, voici ce qui occupe un bon nombre de professionnels de la musique. Pourtant, cela reste un périmètre flou, ou tout du moins en constant bouleversement, voire mutation. Dans ces conditions, définir ce que seront les courants musicaux de demain reste aléatoire. Et certaines formations ou certains artistes rappellent à travers leur création et souvent même leur discours, que les frontières entre les styles musicaux tendent à se brouiller et ainsi à rendre la prédiction de la tendance de demain impossible.

C’est le cas de Bagarre qui se produit ce samedi 28 avril sous le chapiteau du W. Le quintette français, auteur d’un premier album Club 12345, a d’ores et déjà une réputation sulfureuse. Le nom même qu’ils se sont choisis les embarque sur un chemin belliqueux. En réalité, Bagarre est un groupe qui se veut combatif. Master Clap, La Bête, Mus, Loup et Emmaï Dee sont des enfants de Youtube et de soundcloud. Leur culture musicale s’est élaborée au fil du temps grâce à Internet. Techno, rock, house, trap, tout rentre dans la composition de cette musique de club. Pas de lead vocal, pas de place fixe sur scène, le turn over permanent donne un peu le vertige. Et ça balance du lourd ! Les morceaux chantés en français sont percussifs (La Claque). Inclassable, (et c’est tant mieux), le groupe tente de repousser les limites et de passer outre les frontières que de toute façon, il ne voit pas.

Si l’on sait à quoi s’attendre dans un concert de Rone, il n’en reste pas moins que le producteur français de musique électro qui a succédé à Bagarre sur la scène du W surfe lui, sur la crête de la tendance. L’adéquation entre les sonorités actuelles, la virtuosité de l’utilisation des machines, la mise en scène et en lumières des morceaux qui s’enchainent avec une cohérence et une rythmique étudiées, est exceptionnelle. Auteur de quatre albums, Rone écume les scènes des festivals et des clubs et promène avec lui un univers parfois sombre, toujours onirique. L’enchantement n’est pas loin.

© RFI/Edmond Sadaka
La disco girl Corine au Printemps de Bourges 2018.

 

Qu’en est-il de la tendance vintage ? S’agit-il de nostalgie, de réhabilitation, de récupération ? Quand une jeune femme d’aujourd’hui se passionne pour la musique disco, cela a de prime abord, quelque chose d’anachronique. Corine est un de ces personnages haut en couleur. Perruque blonde XXL maquillage de biche, et look très seventies, l’artiste cite Donna Summer comme une référence évidente. Auteure de plusieurs EPs avant un album prévu pour la fin de l’année, elle s’est associée aux talentueux producteurs Marc Collin (Nouvelle Vague) et Dorian Fiszel pour mener à bien son projet. Ce samedi 28 avril, elle se produit sur la scène du 22 Ouest, où quatre musiciens viennent apporter leur pierre à l’édifice disco qu’elle tente de remonter. Car si la musique nous permet de nous replonger dans le meilleur de cette époque, Corine avec ses textes acidulés chantés en français, vaguement canailles, sa sensualité de "fille de ta région" affichée, ne parvient pas tout à fait à nous transporter sur les dancefloors américains de la décennie 70.

Que seront les artistes de demain, et quelques seront les tendances ? Le Printemps y répond en partie en décernant chaque année deux Prix pour les artistes en devenir grâce à l’organisation d’un tremplin intitulé Les Inouis. Si l’année dernière, c’était Eddy de Pretto qui s’était vu remettre le Prix des Inouis, cette année c’est la formation francilienne hip hop, L’Ordre du Périph’ qui l’a remporté alors que le Prix du jury est allé à l’artiste électro Apollo Noir. Affaires musicales à suivre.

Site officiel du Printemps de Bourges