The Blaze : "Nous fonctionnons au ressenti"

Le duo The Blaze sort un premier album intitulé "Dancehall". © Smith

The Blaze, ce sont deux cousins, Guillaume et Jonathan Alric. Ils se sont faits connaître grâce à leurs clips humanistes et à leur électro mélancolique. Rencontre avec ces deux trentenaires à l’occasion de leur premier album Dancehall.

RFI Musique : D’où venez-vous ?
Jonathan
 : Je suis né en Côte d’Ivoire, j’ai passé mon bac au Pérou, en suivant mes parents, mon père était professeur expatrié. Je suis entré dans une école de cinéma à Bruxelles. Les Bruxellois étaient tellement cools que je suis resté 5 ans dans cette ville. J’y ai découvert les musiques électroniques et j’y ai réalisé mes premières vidéos. C’est là-bas que nous avons tourné le clip de Virile.
Guillaume : Je suis originaire de la Nièvre. J’ai suivi des études de photo à Montpellier. Mais la musique a pris le pas et elle est devenue mon métier, avec mon projet dub Mayd Hubb en 2004, puis comme batteur pour Panda Dub.

Êtes-vous issus de familles de musiciens ?
Jonathan 
: Non, mais nos parents écoutaient beaucoup de musique classique. Une musique sans paroles que l’on peut écouter en fermant les yeux et en s’imaginant des histoires. L’électro se rapproche de la musique classique par toutes les possibilités de composition qu’elle offre. Mon père s’est essayé à la guitare classique. J’ai fait du piano et de la guitare, mais sans aller jusqu’au conservatoire.
Guillaume : Chez moi, il y avait un vieux piano désaccordé. Mon père est un grand lecteur et un vrai mélomane, mais il n’a jamais joué de piano. J’en ai fait en autodidacte, comme de la batterie, avant de participer à des groupes de rock et de punk au lycée. En parallèle, je me suis passionné pour la photo.

Piano, kick, voix… la house originelle de Chicago vous a-t-elle influencé ?
Guillaume
 : On en a sans doute écouté… mais sans le savoir ! (rires) Nous ne sommes pas très pointus musicalement. Dans notre processus créatif, on fonctionne à l’instinct. On aurait du mal à définir notre style musical.
Jonathan : Pour chaque titre, nous fonctionnons au ressenti, à l’épiphanie : une émotion la plus globale possible, une sorte de nostalgie de bons moments… Voilà ce que nous essayons de faire sentir à ceux qui écoutent notre musique. Une symbiose entre nous deux se met peut-être naturellement en place parce que nous sommes cousins.

Une amitié, une "bromance", comme dans le clip de Virile, c’est un peu votre histoire ?
Guillaume
 : D’ailleurs ce titre était sorti sur le label Bromance (de Brodinski, NDLR) !
Jonathan : Dans notre premier clip, ce n’est pas ce que nous avons voulu montrer. Nous voulions parler d’amour de manière générale. Mais oui, cela nous représente, on s’est déjà retrouvé dans cette situation des centaines de fois en studio : l’un est assis et met un son, l’autre kiffe et se met à danser… C’est un moment simple où l’on se sent bien.

La musique électronique est rarement associée au monde des banlieues comme dans vos clips…
Guillaume
 : C’est vrai, mais nous aimons les contrastes. Par exemple un homme viril qui pleure. Cela dégage de la poésie. Mettre de l’électro là où les gens ne l’attendent pas, c’est-à-dire dans un milieu urbain, cela dégage aussi de la poésie. Et on bouscule un peu les a priori, on tente de surprendre les gens dans leur propre humanité.

Dans The Blaze, qui fait quoi ? Qui écrit ? Qui chante ?
Jonathan
 : Il n’y a aucun rôle défini. Nous écrivons, nous produisons, nous chantons tous les deux. L’absence de règles et de rôles permet de susciter des surprises.

Pourquoi trafiquez-vous vos voix ?
Guillaume : Nous changeons la tessiture de nos voix pour les rendre un peu plus graves. Ce n’est pas de l’auto-tune, comme dans le rap, on trouve cela un peu plus classe.
Jonathan : C’est purement esthétique et cela nous rend reconnaissables. C’était sans doute un premier moyen de nous cacher…

Effectivement, vous êtes assez cachés : voix trafiquées, absents de vos clips, sur scène à contre-jour…
Guillaume
 : Le fait d’utiliser un effet sur ma voix m’a vraiment aidé à l’assumer davantage. On se cache parce que l’on pense que l’on en dit et que l’on en montre beaucoup via notre musique et nos clips. Dans ces derniers, on filme des gens, ils sont plus intéressants et plus importants que nous. Le plus important c’est ce que l’on fait, pas ce que l’on est. C’est aussi de la pudeur.

Qu’essayez-vous de dire dans vos clips en montrant ces gens de tous les jours ?
Jonathan
 : Ce qui nous intéresse avant tout dans nos clips c’est de parler de l’être humain, mais sans porter de message. Une fois postés sur YouTube, à chaque spectateur de s’approprier nos clips et de s’imaginer l’histoire qu’ils racontent. C’est aussi pour cela que l’on ne veut pas non plus trop en dire sur nous deux. Dans Queens on souhaitait parler des "gens du voyage" car ce sont des personnes qui souffrent de clichés, de fantasmes… La manière dont on s’exprime le mieux, c’est avec l’image et la musique.
Guillaume : Le plus important c’est de rappeler à chacun qu’il est humain et sensible, que la vie possède une dimension poétique.

The Blaze Dancehall (Animal 63/Believe) 2018

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