Justice, que la lumière soit !

Le duo Justice en concert. © Toni François

Il compte parmi les groupes électro français les plus connus dans le monde. Le duo Justice publie Woman Worlwide, un disque tiré de sa dernière tournée mondiale, qu’il a enregistré en live et retravaillé ensuite en studio. RFI Musique a évoqué avec ce groupe qui fait chanter les machines et garde une vision "romantique" de la musique, son rapport à la scène. 

RFI Musique : Qu’est-ce que Woman Worldwide, exactement ? Votre troisième album live ? Un disque entre le live et le studio ? Un disque de mash-up ou un retravail ? 
Xavier de Rosnay : C’est une sorte de best of de Justice, mais dans lequel chaque morceau est une version retravaillée et adaptée à l’époque au lieu d’être une version album. Comme c’est la musique qu’on joue en concert, on a dû les jouer en live pour les enregistrer. Mais ce qu’il faut retenir, ce n’est pas que cela a été joué en live. Ce sont juste les morceaux marquants de ces dix dernières années dans des versions actualisées.  

Néanmoins, ce double album reprend la trame des concerts de votre dernière tournée. Comment travaillez-vous ces morceaux pour les passer d’une version album à la version proposée en concert ? 
X. de R. :
Dans chaque morceau, on choisit les éléments qui nous semblent nécessaires à sa lecture : soit un riff, soit un bout de voix, l’essentiel...  Autour de ça, on essaye de trouver une façon de le faire à deux, parce que le challenge des concerts électroniques est de trouver quoi faire pour qu’il se passe toujours quelque chose sur scène. On sait quels morceaux vont ensemble, par leurs tonalités, et on essaye de voir jusqu’où on peut aller dans l’entrelacement et les hooks. 

Racontez-vous une histoire dans vos concerts ? 
X. de R. :
(Dubitatif) On ne raconte pas une histoire, mais l’élément de progression est très présent. L’autre chose qui détermine la track list, c’est le scénario visuel qu’on écrit. C’est-à-dire qu’on fait un tableau pour chaque morceau, et il y a toujours des nouveautés qui se présentent visuellement. Le but du jeu, c’est de commencer avec très peu de choses et d’étoffer sans cesse. 

Le tableau visuel de base d’un concert de Justice, c’est un mur de baffles Marshall et énormément de lumières... 
X. de R. :
On a toujours refusé d’utiliser des vidéos. Donc, l’aspect visuel de nos concerts n’est lié qu’à la lumière et aux façons de l’utiliser. Les amplis Marshall, c’est le truc qu’il y a dès le début, mais on se rend compte, au fur et à mesure que le concert avance, qu’il y a beaucoup plus que ça. Un des aspects visuels du concert, c’est d’habiller la technique, de rendre cela beau. Même les boîtes qui servent à transporter le matériel, les flight-cases, sur lesquels on joue, ont quelque chose qui se transforme. Toute la partie principale, ce qu’il y a au plafond, change de forme constamment. 

Dans vos concerts, j’ai l’impression que vous avez une approche assez rock finalement, non ?
Gaspard Augé :
Il y a effectivement des codes visuels qu‘on a repris du rock, mais qui sont mélangés à des choses beaucoup plus S.F.. C’est cette ambiance spatiale, qui rappelle des films comme Rencontres du troisième type ou Blade Runner. Après, il y a peut-être un côté assez rock dans la frénésie des morceaux, mais cela reste quand même de la musique électronique. 

Avec cette grande croix qui vous accompagne sur scène, vous avez fait de vos concerts une grand-messe dans laquelle le public vient communier… 
X. de R. :
 Tous les concerts sont un peu comme ça, c’est plein de gens qui regardent au même endroit. On n’a pas inventé cette formule. Peut-être qu’avec la croix, ça donne un côté plus solennel. Dans le royaume des musiques électroniques, les concerts qu’on donne sont plus froids, parce qu’on n’a pas de micro et qu’on ne harangue pas la foule. Mais cela correspond à nos personnalités et à la musique qu’on fait. C’est vrai qu’on n’a pas forcément besoin de communiquer directement avec les gens et on ne ressent pas non plus le besoin d’être surexposés sur scène.

Quand on pense à vos tournées, on pense forcément au documentaire hallucinant A cross the universe, que Romain Gavras a réalisé il y a dix ans sur l’une de vos tournées nord-américaines. Dans ce film, il y a cette image d’un garçon torse nu qui reçoit votre musique presque comme une illumination. Est-ce cela, un concert ? D’envoyer de l’énergie au public ? 
X. de R. :
Oui, c’est complètement physique. D’ailleurs, on n’écoute pas beaucoup de musique électronique. Pour ma part, les seuls morceaux électroniques qui m’intéressent, ce sont des morceaux très physiques et brutaux. Sinon, en dehors de cela, ce qu’on attend de la musique, ce sont plutôt des harmonies et des mélodies. Mais en électro pure, on recherche l’aspect sensoriel. C’est-à-dire ce que l’on fait dans la version live de Chorus. On retire le groove et les éléments harmoniques, et au final, ce sont des bruits intercalés qui forment un ensemble très droit.

Il y a ces morceaux violents qui prennent l’auditeur par le col et puis une veine disco, avec des chœurs, comme dans votre tube D.A.N.C.E. ou l’album Woman. Qu’est-ce que vous préférez entre les deux ? 
X. de R. :
Rétrospectivement, mes morceaux préférés, ce sont toujours les morceaux les plus calmes et les plus mélancoliques. Je pense à Valentine, à Brian Vision sur notre deuxième disque, à Close call ou Love SOS sur l’album Woman.
G. A. : Pour moi, c’est assez variable. Cela dépend combien de temps s’est écoulé depuis la fin de l’album. Généralement, ceux que j’aime le moins, ce sont les morceaux les plus pop, ceux qui se rapprochent plus d’un format chanson. Je m’en lasse plus vite que les autres. 

Où voulez-vous amener le public avec votre musique ?  
X. de R. :
 On veut amener les gens nulle part. On pense forcément à quelque chose quand on fait les morceaux, mais il est très rare que les gens aiment ces morceaux pour les raisons que l’on imagine. Et c’est très bien comme ça, c’est pour ça qu’il ne faut pas donner trop d’explications sur la musique.
G. A : En tout cas, il n’y a pas de cynisme. On a une vision assez romantique de l’émotion qui doit être véhiculée. C’est soit très épique, soit très mélancolique, soit violent, mais on essaie de ne jamais être tiède. 

Justice Woman Worlwide (Because) 2018
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