Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Bessie Smith

Coffret « Bessie Smith - The Complete Columbia Recordings ». © Sony Legacy

Au début du XXème siècle, il est impensable pour un Noir Américain d'oser contester l'ordre établi. Les Blancs sont tout-puissants et dictent les lois aux citoyens de seconde classe. Dans une situation pareille, le premier réflexe est de se taire et d'éviter les ennuis, mais cette résignation n'est qu'une posture qui cache une colère sourde et une frustration pesante. La musique et, notamment, le blues permet d'exprimer cette rancœur tenace à l'égard d'un système oppressif, mais plutôt que de dénoncer ouvertement la ségrégation raciale, on évoque ses déboires conjugaux, son niveau de vie, ou son désespoir noyé dans l'alcool. La chanteuse Bessie Smith fut sûrement l'artiste la plus véhémente et courageuse, durant ces années noires !

Née en 1894 à Chattanooga dans le Tennessee, où la couleur de sa peau déterminera immédiatement son statut social, Bessie Smith découvrira très vite le sens du mot « racisme ». Elle a six frères et sœurs, et vit dans le dénuement le plus complet. Son père décède quelques mois après sa naissance, et sa mère disparaît à son tour, alors qu'elle n'a que 9 ans. Bessie Smith sera donc élevée par sa grande sœur, Viola Smith. Dans ces circonstances, il faut apprendre à survivre et acquérir une force de caractère assez singulière.

Ainsi, lorsque Bessie Smith enregistre son premier disque en 1923, elle est une jeune adulte dont la personnalité ne laisse personne indifférent. Son franc-parler, son immense expressivité, et ses nombreux excès ne passent pas inaperçus. Au fil des mois, Bessie Smith devient une célébrité. Elle multiplie les concerts et les enregistrements, Louis Armstrong, lui-même, l'accompagne en studio, elle est la reine incontestée du blues, mais derrière cette image très gratifiante, il y a une jeune femme malmenée par la vie depuis sa naissance. Alors qu'elle n'avait connu que misère et drames familiaux, la voilà hissée au rang d'étoile de l'art vocal. Ce basculement brutal vers la lumière des projecteurs est un choc psychologique majeur qui déstabilise Bessie Smith

Forte tête, elle veut s'amuser, sortir, rire, en d'autres mots, jouir d'une vie qui ne lui était pas destinée. Les soirées festives, l'alcool, les rencontres, les tentations, fragilisent son mariage et ses rapports avec son époux Jack qui ne supporte plus les escapades nocturnes de sa bien-aimée, mais Bessie Smith veut vivre pleinement cette chance d'être une femme noire adulée. Alors, elle brave l'interdit, elle couche avec des hommes, des femmes, assume sa bisexualité, et défie l'Amérique blanche bien-pensante.

À l'occasion de la parution du coffret « Bessie Smith - The Complete Columbia Recordings » (Sony/Legacy), nous vous proposons cette semaine d'écouter le témoignage rare de Ruby Smith, la nièce de Bessie Smith, enregistré en février 1971 par le journaliste américain Chris Albertson.

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