Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Il y a 100 ans...

Scott Joplin. © Wikicommons

Au début du XXème siècle, deux genres musicaux dessinent les contours primaires de la musique populaire américaine telle que nous la connaissons aujourd'hui. Le Ragtime et le Boogie-Woogie posent alors les bases d'un métissage inaltérable dans la culture noire... Pourtant, ces deux formes d'expression ont souvent été confondues, mésestimées, parfois oubliées dans les livres d'histoire...

Apparu à la fin du XIXème siècle, le Ragtime s'est nourri de plusieurs influences sonores héritées de l'histoire coloniale et raciale des Etats-Unis. Vocabulaire hybride né de l'harmonie européenne classique et de la syncope africaine, il est le fruit d'une fusion inconsciente des répertoires noirs et blancs. Pour comprendre la genèse de cet idiome musical, il faut remonter aux origines du «Cake Walk». 

Cette danse, popularisée par la communauté afro-américaine dès 1870, singeait les attitudes des colons dans les bals de la grande bourgeoisie blanche. Séduit par l'exotisme artistique de ces parodies noires, le compositeur français Claude Debussy ira même jusqu'à composer en 1908 un «Golliwog Cake Walk» pour sa suite «Children's Corner». La rencontre fortuite de traditions ancestrales que rien ne semblait pouvoir rapprocher permit donc la naissance d'un style original et savant, future matrice du jazz, le Ragtime.
 

De nombreux pianistes s'emparèrent de cette musique lyrique et cadencée, premier écho du choc culturel afro-européen en terre américaine. Scott Joplin fut le plus célèbre d'entre eux mais quelques pionniers valeureux, comme Eubie Blake ou James Reese Europe, ont également œuvré pour permettre à leurs contemporains de montrer leur immense talent. Jelly Roll Morton, Fats Waller sauront à leur tour magnifier la technique du Ragtime pour donner du corps au swing naissant...   
 

Souvent comparé au Ragtime, le Boogie-Woogie ne provient pourtant pas exactement de la même source. Profondément enraciné dans l'âme noire, il fait certes appel à la pulsion rythmique africaine, mais n'apparaît aux Etats-Unis que dans les années 20. Le Blues semble davantage former son squelette. Né dans les campements d'ouvriers du grand Sud, il se développe rapidement pour finalement toucher tout le territoire américain.
 
Albert Ammons ou Pete Johnson en furent les principaux artisans mais Count Basie, Lionel Hampton ou Fats Domino en revendiquaient aussi la paternité. Si le Ragtime fut la préhistoire du jazz, le Boogie-Woogie est incontestablement l'un des ingrédients essentiels du Rock'n'Roll. Le «Tutti Frutti» de Little Richard en 1957 en est une preuve formelle.
 

Depuis de nombreuses années, le pianiste français Sébastien Troendlé réhabilite sur scène, et désormais sur disque, ces musiques séculaires qui ont façonné «L'épopée des Musiques Noires». Il nous donne, cette semaine, un cours magistral de musicologie appliquée en interprétant au piano quelques thèmes célèbres de ses héros !
 
http://www.sebastientroendle.com/
 
 

 

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