Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Etta James

Etta James. © RCA Records

Lorsque la petite Jamesetta Hawkins voit le jour le 25 janvier 1938 à Los Angeles, nous sommes en pleine période swing, les Big Bands font danser l'Amérique, mais pour autant, la condition des Noirs est misérable. La survie est un combat quotidien et l'éducation d'un enfant relève de l'exploit.

Etta James n'a quasiment pas connu ses parents. Elle est élevée par sa tante, une péripatéticienne friande de jeunes marins en permission, et un oncle alcoolique qui préfère monnayer les talents de sa nièce plutôt que de veiller à son bien-être. La jeune Etta James décidera très tôt de fuir cet environnement familial nauséabond pour un univers plus réjouissant, celui de la musique. 

Sa rencontre avec Johnny Otis est d'ailleurs rocambolesque. Toujours mineure, elle n'a pas le droit de passer d'audition sans l'accord parental. Sa véritable mère étant en prison, elle fera mine de donner un coup de fil à la maison pour obtenir l'approbation souhaitée par le producteur, et reviendra le lendemain avec une autorisation signée de sa main. Johnny Otis n'y verra que du feu, et lui fera enregistrer son premier 45 tours en duo avec le chanteur Richard Berry. « Roll with me Henry » marque donc les débuts prometteurs d'une jeune et redoutable artiste de 16 ans. 

A l'aube des années 60, Etta James fait la connaissance de Léonard Chess qui vient de monter sa propre maison de disques, Chess Records. Fasciné par la voix ample et généreuse d'Etta James, il la convie en studio pour tester ses compétences et réalise bientôt que cette jeune femme n'est pas seulement une brillante interprète, elle est aussi une battante qui ne se laisse pas mener par le bout du nez. Son enfance troublée a renforcé sa volonté d'agir et de maîtriser son existence. 

Pendant 10 ans, Etta James sera l'une des valeurs sûres du label Chess aux côtés de Muddy Waters ou Chuck Berry. D'abord perçue comme une chanteuse de Doo Wap inoffensive, elle va progressivement se tourner vers un Rythm and Blues plus rugueux et adapté à sa vraie personnalité. Lorsque « Tell Mama » sort en 1967, elle est devenue une voix soul qui compte ! 

Malmenée depuis sa jeunesse, Etta James prendra sa revanche, imposera un discours et des choix artistiques dictés par une quête de respectabilité. Exigeante, intransigeante, parfois caractérielle, sa voix de baryton pouvait intimider, mais ce ton quelque peu autoritaire n'était que le fruit d'une souffrance morale, et sûrement une manière de se protéger des coups portés à son égard depuis des décennies.
Que de vicissitudes pour parvenir à simplement être reconnue et acceptée par ses pairs. Son ultime album « The Dreamer » (Universal Jazz) paraîtra le 13 février prochain. Il aura fallu attendre sa disparition à 73 ans pour qu'enfin la reine de la Soul entre dans « L'épopée des musiques noires ».