Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Ray Barretto, il y a 10 ans...

Ray Barretto en 2005. © Laurent Dard

Ray Barretto a longtemps bataillé pour faire entendre sa vraie musicalité. Très tôt associé aux musiques latines, il avait cherché inlassablement à sortir de ce cadre trop étriqué pour donner au monde une autre image de son talent d'artiste. Percussionniste de grand talent, il tenait à ce qu'on le considère avant tout jazzman. Né en 1929 aux États-Unis de parents portoricains, ce virtuose des congas et rythmicien hors-pair a dû faire face, tout au long de sa vie, à une incompréhension des critiques et du public à son égard…

 

© Méphisto

Sa culture latine ancestrale brouillait les pistes et entretenait la méprise sur sa réelle expressivité. Définir la musique de Ray Barretto demande une écoute assidue et attentive pour ne pas se fourvoyer et classer ses œuvres dans la mauvaise catégorie. Par définition, le métissage permet toutes les combinaisons possibles et fait tomber les barrières de style. Ray Barretto en avait parfaitement conscience, et avait trouvé dans le jazz cette liberté et cette ouverture d'esprit qui l'inspiraient. D'une humilité à toute épreuve, Ray Barretto s'interrogeait sur la valeur patrimoniale de sa musique et sa pérennité, signe d'une rare intégrité à laquelle ce grand instrumentiste était profondément attaché. Il reconnaissait cependant avoir parfois eu la tentation de suivre une voie plus facile, en acceptant des propositions alléchantes. Demeurer intègre est une rigueur que tout artiste doit s'imposer pour rester légitime aux yeux de ses admirateurs. Un vrai casse-tête que Ray Barretto semblait appréhender avec naturel et philosophie.

C'est en 1948 que Ray Barretto entend un nouveau son qui va changer radicalement sa vision du monde. Alors qu'il se passionne pour le be-bop de ses aînés, alors que ses racines latines guident ses premiers pas, le titre « Manteca » interprété par Dizzy Gillespie et Chano Pozo est, pour lui, une révélation. Dès lors, les rythmes afro-latino-jazz deviennent son credo. Du Fania All Stars qui avait enflammé Kinshasa, en octobre 1974, à ses expérimentations swing et percussives des années 2000, Ray Barretto a voulu transformer son paysage musical, et l'offrir à des amateurs de belle et grande musique. Pour cela, il ne cessait de se remettre en question, car il savait que le risque était son moteur et la clé de son épanouissement personnel.

Ray Barretto nous a quittés le 17 février 2006, à l'âge de 76 ans, en nous laissant une discographie impressionnante qui couvre quatre décennies, de 1960 à 2005, sans compter ses collaborations multiples aux côtés des grands de ce monde, de Wes Montgomery à Celia Cruz, ou encore, de manière plus anecdotique, des Bee Gees à Bernard Lavilliers. Nous retiendrons surtout son amour pour les rythmes issus du continent africain qu'il se plaisait à faire jaillir sur scène, à chacune de ses lumineuses prestations.