Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle !  Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du 20ème siècle : La Black Music !   A partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Du 1er au 23 juillet, RFI Musique vous offre la version longue de « L’épopée des Musiques Noires ». Plus de notes, plus de couleurs, plus de rencontres, plus de ferveur ! Bel été à tous… 

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Une pensée pour James Brown...

James Brown. © David Corio/Michael Ochs Archives/Getty Images

Le 25 décembre 2006, il y a 10 ans, le célèbre James Brown disparaissait à l’âge de 73 ans. Lorsque l’on évoque "Mister Dynamite", on pense immédiatement à ses plus intenses mélodies universelles "Papa’s got a brand new bag", "Hot Pants", "Sex Machine", mais on oublie souvent d’autres facettes du personnage, et notamment, le crooner, l’amateur de jazz. Le bassiste Christian McBride, véritable collectionneur de disques et fan invétéré du "Parrain de la Soul", avait dans sa discothèque personnelle un album de son héros qu’il chérissait, depuis des années, et qui lui donna une idée saugrenue.

Ce disque, "Soul on Top", est l’une des rares incursions de James Brown dans l’univers du swing. Christian McBride se mit donc en tête de convaincre le plus grand soulman de l’histoire de réinterpréter ce répertoire de 1969 méconnu du grand public. Après moult négociations et voltefaces, James Brown accepta, en septembre 2006, de se retourner sur son passé jazz et de se produire en Big Band à l’Hollywood Bowl de Los Angeles en Californie. Ce sera l’une de ses ultimes et plus surprenantes prestations.
 

 

Du chanteur de jazz mésestimé au bouillonnant showman funk de la planète, la personnalité impulsive de James Brown fut largement commentée, y compris son engagement citoyen. Lorsqu’il inventa le slogan "Say it loud, I’m Black & I’m Proud", en 1968, ses détracteurs cherchèrent à discréditer son véritable sens civique. Pourtant, comme le racontait James Brown lui-même à son ami, le révérend Al Sharpton, l’intention était sincère : "J’étais à Los Angeles, je regardais les infos à la TV et je voyais des gens se faire tuer dans la rue. Je me suis dit : on a perdu notre fierté, on est tous citoyens américains et on se tire dessus. Je suis allé chercher un stylo dans ma chambre pour écrire les paroles d’une chanson. J’ai rappelé Charles Bobbit, mon manager, qui venait de rentrer chez lui et je lui ai demandé de me trouver un studio sur le champ. Je voulais réunir des gamins pour qu’ils chantent le refrain de cette composition. Charles Bobbit a fait le tour des écoles du quartier pour ramener des gosses capables d’interpréter ces mots simples. Et le plus drôle, c’est que la majorité n’était pas noire. Il y avait des Asiatiques, des Latinos, et seulement quelques enfants noirs. Ils criaient tous à tue-tête « I’m Black & I’m proud ». Voilà la genèse de cette chanson ! Ce titre a littéralement changé la dynamique sociale des États-Unis à l’époque"
 

James Brown, à Brighton, en 2000. © Martyn Goodacre/Getty Images

 
Certes, la ferveur d’antan a progressivement laissé place à une recherche effrénée du succès au détriment d’une tonalité Soul authentique. Si le groove subsistait, la production plus formatée entachait quelque peu l’image d’un artiste en quête perpétuelle de reconnaissance et de notoriété absolue. A l’aube des années 90, ses frasques et ses excès le conduiront devant les juges et derrière les barreaux, mais son aura ne vacillera jamais. Lorsqu’il réapparut à Paris-Bercy, le 31 mars 1993, devant un public qui ne pensait plus le revoir, l’ovation fut à la mesure de ce retour en grâce, massive, excessive, euphorique et imposante, preuve de la vigueur intemporelle d’une musique et d’un personnage unique, capable d’incarner à lui seul, la force expressive de la culture noire à l’échelle planétaire. 
 
Site officiel de James Brown

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