Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Sa majesté, Rhoda Scott !

Rhoda Scott à RFI. © RFI/Joe Farmer

En faisant paraître We Free Queens, l’illustre Rhoda Scott semble lancer un message inscrit dans l’humeur citoyenne de notre époque. Si son Lady Quartet est l’expression d’une liberté artistique portée par quatre reines du jazz, ne doit-on pas y déceler aussi l’intention affirmée de célébrer la force de caractère et la détermination des femmes dans un monde encore très inégalitaire ?

Sophie Alour, Rhoda Scott, Julie Saury, Lisa Cat-Berro. © Philippe Marchin

 

Tout au long de sa carrière, Rhoda Scott a dû batailler pour gagner son statut de musicienne et compositrice. En dehors des divas de l’art vocal, le jazz est longtemps resté une affaire d’hommes. Depuis 10 ans, Rhoda Scott se plaît à faire vivre un orchestre exclusivement composée de femmes. Sophie Alour (saxophone ténor), Lisa Cat-Berro (saxophone alto) et Julie Saury (batterie) accompagnent désormais le swing bouillonnant de l’organiste aux pieds nus. S’agit-il d’une forme de militantisme ou le simple vœu de faire briller le talent d'étincelantes instrumentistes ? Qu’importe ! L’existence même de ce quatuor impose un statut et un savoir-faire indéniables.  

Lorsqu’elle débuta sa prestigieuse aventure musicale au cœur des années 60, ses homologues s’appelaient Jimmy Smith, Lou Bennett, Wild Bill Davis, Bill Doggett et Ray Charles. Trouver sa place dans cet univers de pianistes mâles aguerris supposait un engagement et une confiance en soi imperturbables. Pourtant, au fil des décennies, Rhoda Scott a su se distinguer et susciter le respect de ses contemporains. Aujourd'hui saluée comme l’incontestable reine de l’orgue hammond B3, elle se plaît à conter sa prodigieuse destinée qui la mena de Dorothy dans le New Jersey, où elle naquit en 1938, au Sunset, légendaire jazz-club de Paris, où elle se produisait encore récemment et enregistrait son nouvel album.
 

 
Depuis 1968, Rhoda Scott est une Parisienne d’adoption. Elle se souvient des tumultes estudiantins et de la fronde sociale d’alors. Elle se souvient aussi des mouvements de contestation des Noirs aux États-Unis. Elle conserve d’ailleurs ce regard attentif avec l’éternel désir d’insuffler des ondes positives à ce monde en souffrance. N’était-elle pas une commentatrice éclairée de l’élection du président Obama, il y a 8 ans, sur notre antenne ? Quels seront ses mots d’espérance alors que Donald Trump semble tourner une page de l’histoire politique américaine ?
 
La musique sera peut-être l’exutoire à la colère des peuples et l’écho d’un vœu de paix et de tolérance universelles. Cette profession de foi animera, sans aucun doute, le concert que donnera Rhoda Scott, le 16 mars 2017, au New Morning à Paris.
 
Site officiel de Rhoda Scott