Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle !  Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du 20ème siècle : La Black Music !   A partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

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Hommage à Al Jarreau

Al Jarreau en concert à Londres. © Peter Andrews/Corbis via Getty Images

Le 12 février 2017 à 5h30 du matin (heure de Los Angeles), l’un des plus brillants interprètes de « L’épopée des Musiques Noires » nous quittait à l’âge de 76 ans. Al Jarreau avait, pendant 50 ans, fait scintiller l’art vocal grâce à des trouvailles stylistiques inédites et une virtuosité harmonique et rythmique hors du commun. Converser avec ce gentleman au grand cœur était un privilège tant son ouverture d’esprit enthousiasmait ses interlocuteurs. Pourtant, il lui fallut des années de labeur pour acquérir cette notoriété et cette grâce qui firent sa renommée.

Al Jarreau. © David Corio/Redferns/Getty images

Lorsque l’on découvre la voix d’Al Jarreau sur les ondes en 1975, il a 35 ans. Il est déjà un artiste aguerri qui, depuis le milieu des années 60, écume les clubs de Los Angeles dans l’espoir d’attirer la curiosité d’un producteur ou d’un patron de label. Il lui faudra attendre 10 ans pour qu’un responsable de Warner Records entende sa prodigieuse voix, et décide de lui offrir un contrat d’enregistrement. 10 années pendant lesquelles il peaufinera son art, mâtiné de Jazz, de Soul, de Blues et de Gospel. Un cocktail qui fera mouche et le hissera très rapidement au sommet de la gloire.

Au cœur des années 80, Al Jarreau joue avec les différents accents des musiques mondiales en conservant toujours cette tonalité jazz sur laquelle reposent ses racines artistiques. Né le 12 mars 1940, d’un père pasteur et d’une mère pianiste, il grandit dans un univers où le gospel et le swing des grands orchestres nourrissent sa découverte d’un patrimoine qui dessinera les contours de son identité musicale. Et bien qu’il soit issu de la communauté africaine-américaine, Al Jarreau ne pense pas, à cette époque, qu’il faille revendiquer la couleur d’une culture. Bien au contraire, en s’ouvrant au monde, il démontre qu’il est un artiste altruiste, humaniste et généreux.

 

Al Jarreau, Illinois, le 28 juillet 1987. Photo d'archives. © Paul Natkin/Getty Images

 

De Cuba à l’Afrique du Sud, de l’Espagne au Brésil, Al Jarreau a délivré, en un demi-siècle, un message d’unité aux quatre coins de la planète et lorsqu’on lui demandait si le jazz était une émanation de l’Afrique ancestrale, il préférait évoquer la dimension multiculturelle d’une forme d’expression universelle. Le jazz, que l’on décrit souvent comme le fruit d’une histoire douloureuse liée à l’esclavage, était pour lui l’écho lointain d’un bonheur ancestral. Tout au long de sa lumineuse destinée, Al Jarreau a distillé un sentiment de légèreté et de bien-être qui transpire dans chacune de ses chansons.

Pourtant, réussir à séduire un large public sur des mélodies dont les ornementations jazz auraient pu limiter la ferveur des auditeurs, était une vraie gageure car, ne l’oublions pas, la source originelle de toutes ces compositions est issue d’une épopée bouillonnante qui a accompagné, parfois dans le bonheur, souvent dans la douleur, le quotidien de musiciens noirs, dont le statut social ne dépendait que du bon vouloir d’autorités blanches incapables de reconnaître la valeur de leurs contemporains, durant des décennies de ségrégation raciale. Al Jarreau en avait parfaitement conscience mais, une fois de plus, ne voulait pas se laisser abattre par le poids d’un héritage trop imposant.

 

Al Jarreau, le 28 mars 2007. © Bob King/Redferns/Getty images

 

Plus les années passaient, plus il ressentait le désir intime de montrer la voie à la jeune génération. Il s’investissait dans des stages de formation, et ne parlait pas que de technique ou de savoir-faire. Il parlait de la vie, des enjeux personnels, il guidait les pas de ses futurs héritiers. Du 3 au 10 mars 2017, il devait participer à la troisième édition de la « Montreux Jazz Academy », un événement annuel qui permet à de jeunes musiciens et chanteurs en herbe de parfaire leur développement artistique au contact de personnalités reconnues. Al Jarreau se faisait une joie de se rendre à Lausanne en Suisse pour épauler tous ces gamins qui, sans nul doute, auraient progressivement pris conscience de l’éclectisme et de la grandeur d’âme de leur illustre chaperon. 

Site officiel d'Al Jarreau