Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Un swing centenaire !

Louis Armstrong (1927). © Library of Congress

Lorsque Louis Armstrong enregistre le titre « Wild Man Blues » à Chicago en 1927, cela fait déjà 10 ans qu’une forme d’expression issue de la communauté africaine-américaine agite les esprits et l’inventivité des créateurs outre-Atlantique. Cette musicalité nouvelle que l’on n'appelle pas encore « Jazz », provient d’un choc culturel ancestral qui mit en contact les harmonies européennes des colons blancs et la force percussive et rythmique des esclaves africains à partir du XVIIème siècle. Cette rencontre de deux mondes, de deux traditions, née du drame de la traite négrière, eut au moins la vertu de révéler une identité sonore largement façonnée par les Noirs d’Amérique. Bien qu’il ne faille jamais sous-estimer l’apport des Américains blancs dans cette aventure artistique hybride, accordons au peuple noir la paternité d’un genre, d’un style, d’un vocabulaire musical qui a accompagné les soubresauts de la planète depuis plus de 100 ans.

 

The Original Dixieland Jazz Band (1917). © Library of Congress

 
Pourtant, en cette année 2017, une date anniversaire brouille les pistes. En effet, le 26 février 1917, il y a un siècle, un quintette de musiciens, originaires de la Nouvelle-Orléans, enregistre ce que les historiens considèrent comme le tout premier disque jazz de l’histoire. Ce précieux témoignage sonore nous apporte quelques enseignements sur l’histoire sociale et culturelle des États-Unis au début du XXème siècle. Première contestation : ce sont des musiciens blancs qui ont, ce jour-là, le privilège d’entrer en studio car il est encore inconcevable que des Noirs puissent s’illustrer et laisser une trace patrimoniale indélébile. Deuxième constatation : Ces pionniers nommés « The Original Dixieland Jazz Band » se proclament « Créateurs du Jazz » sachant très bien, puisqu’ils sont originaires de la Nouvelle-Orléans, que le bouillonnement musical d’alors est d’abord celui de la communauté noire, dont on ne veut évidemment pas reconnaître la valeur. Troisième constatation : cet orchestre, finalement peu crédible, connaîtra, certes, un énorme succès en 1917, mais de courte durée, notamment, quand le jeune Louis Armstrong parviendra à faire entendre le son originel du swing.
 
Six ans seulement après le premier enregistrement dit « Jazz » de « l’Original Dixieland Jazz Band », King Oliver et Louis Armstrong remettent les pendules à l’heure et gravent à leur tour quelques compositions qui feront date. Et bien que la qualité sonore de l’époque ne permette pas de distinguer parfaitement chacun des instrumentistes, les amateurs remarquent immédiatement la chaleur et l’expressivité de ces nouveaux artistes. Cette différence flagrante aura raison de l’engouement populaire pour les autoproclamés « Créateurs du Jazz », et donnera des ailes au nouveau roi du swing, Louis Armstrong. Bien que cinq musiciens blancs ont effectivement enregistré « Livery Stabble Blues », le 26 février 1917, il est donc périlleux de décréter que le jazz a 100 ans.
 

Danilo Pérez (2017). © Christian Rose

Le pianiste panaméen, Danilo Pérez, était à Paris le 3 février 2017 pour donner un concert à la Philharmonie et s’interrogeait justement sur cet anniversaire difficile à dater. Quand on écoute toutes ces notes enregistrées au début du XXème siècle, il est en effet problématique, pour le novice, de distinguer une œuvre authentique d’une interprétation usurpée. Le jazz est-il une création afro-américaine ? Afro-européenne ? Un peu des deux ? Danilo Pérez veut sortir de ce débat stérile. Au-delà des définitions approximatives, ce sont les artistes qu’il faut célébrer.
 
Il se trouve qu’en 2017, nous fêtons le centenaire de quatre personnalités. Le percussionniste Mongo Santamaria, le pianiste Thelonious Monk, le trompettiste Dizzy Gillespie, et la reine de l’art vocal Ella Fitzgerald. Danilo Pérez et ses musiciens ont donc choisi de parcourir le monde pour saluer la mémoire des légendes d’antan et souffler les 100 bougies d’anniversaire de quatre grandes figures de « L’épopée des Musiques Noires ». Qu’ils en soient remerciés !
 
Le site de Danilo Pérez