Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle !  Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du 20ème siècle : La Black Music !   A partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

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Lee Fields résiste…

Lee Fields. © Fouad Lakbir

Le 3 février 2017, à l'Élysée Montmartre à Paris, se produisait un artiste dont nous n'avions pas complètement pris conscience de la valeur. C'est en assistant à sa prestation, et en constatant la ferveur du public, que nous avons finalement réalisé que ce chanteur de soul music n'était pas seulement un brillant showman, mais une personnalité qui, depuis bientôt 50 ans, fait vivre la culture noire américaine avec une constance qui laisse pantois. Lorsque Lee Fields débute sa carrière, à la fin des années 60, nous sommes à une époque où la contestation gronde dans la communauté africaine-américaine. Les grands orateurs progressistes comme Martin Luther King, Malcolm X, les frères Kennedy (John et Robert) ont été réduits au silence. Les nouveaux porte-paroles de l’Amérique noire sont désormais les artistes.

Sly & the Family Stone chantent « Stand ! » (Levez-vous !), Aretha Franklin appelle au « Respect » en reprenant les mots d’Otis Redding, et James Brown hurle « Say it loud ! I’m Black & I’m Proud » (Dites-le fort ! Je suis noir et je suis fier !). On aurait pu penser que cette fronde sociale et musicale inspire le jeune Lee Fields qui s'apprêtait à entrer dans la danse, mais cette rébellion des sixties n'était pas de son goût à l'époque. Tandis que certains chanteurs afro-américains choisissent de défier les autorités, Lee Fields préfère les mots d'apaisement de ses contemporains. Il écoute les disques de William Bell et Percy Sledge, il s'identifie aux discours pieux des grands prêcheurs gospel, et ne veut en aucun cas mettre de l’huile sur le feu. Pourtant, l'humeur revendicatrice l'emporte alors sur les appels au calme.

 

Lee Fields, le 3 février 2017, à l’Elysée Montmartre à Paris. © Fouad Lakbir

 

À 66 ans, Lee Fields continue de vouloir transmettre, contre vents et marées, un message de paix et de tolérance. Comment parvenir à conserver cette foi en l'avenir et cette tonalité positive qui irradie son répertoire quand tant d’atrocités rythment tristement le quotidien des peuples de la planète ? Comment un Afro-Américain, né dans les années 50, en Caroline du Nord, perçoit-t-il l'Amérique de Donald Trump ? Est-il serein, inquiet, indifférent ? Ce que ne dit pas Lee Fields dans son désir de ne montrer que le bon côté des choses, ce sont les affres de tout musicien pour résister à l'érosion du temps. Savoir s'adapter aux évolutions musicales, aux choix économiques de l'industrie du disque, ne jamais paraître dépassé ou démodé, est un défi gigantesque pour un artiste dont la flamme vitale peut vaciller à tout moment, et lui interdire de montrer la voie.

Généreux, humain, altruiste, Lee Fields est aussi conscient des enjeux écologiques auxquels nos sociétés auront à faire face. Dans un monde fragilisé par des taux de pollution élevés, par des choix industriels peu avisés, les regards se tournent désormais, peut-être naïvement, vers le continent africain encore perçu comme un poumon salvateur d'une planète qui tousse. Lee Fields y croit sincèrement, et ne comprend toujours pas le peu de considération que l'on porte à cette terre nourricière, à ses habitants, et l'attitude condescendante des pays dits nantis à l'égard de la communauté noire à l'échelle internationale. Lee Fields se sent africain et le revendique !

 

Lee Fields. © Fouad Lakbir

 

En juillet 2017, le Soulman reviendra prêcher la bonne parole sur les scènes françaises en interprétant les mélodies citoyennes de son dernier album « Special Night ». Pensez-y…

Le site de Lee Fields