Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Le Blues est-il noir ?

Jean-Jacques Milteau, Harrison Kennedy et Vincent Segal à Coutances, le 23 mai 2017. © Pierre-Yves Le Meur

La lancinante question de l’hybridation continue de tarauder l’esprit des historiens et musicologues afro-américains au XXIe siècle. Il semble acquis que les traditions africaines muselées durant l’esclavage ont tout de même suinté dans l’espace culturel des colons européens. Il paraît, dès lors, pertinent de chercher l’écho de cette Afrique ancestrale, dans le patrimoine musical de notre temps. L’identité noire américaine originelle s’exprime d’abord dans les Negro-Spirituals, ces fameux cantiques religieux importés du vieux continent, mais porteurs de la complainte du peuple noir. Qu’en est-il du versant profane de cette résilience diffuse ? Le Blues est-il l’expression d’un dialogue consenti entre Blancs et Noirs ou l’empreinte d’un esprit frondeur africain ?

Le 23 mai 2017, le Festival « Jazz sous les Pommiers » à Coutances en Normandie accueillait un trio de musiciens aguerris, dont les destinées singulières respectives esquissaient les réponses à nos interrogations. Jean-Jacques Milteau, harmoniciste français de renom, échangeait avec Harrison Kennedy, chanteur et guitariste afro-canadien, et Vincent Segal, violoncelliste français polymorphe. Comment était-il possible que ces trois instrumentistes émérites, nés sous différents cieux, parviennent à se comprendre ? À converser harmonieusement ensemble ? À trouver le dénominateur commun à leur tonalité respective ? Il faut croire que jaillissait de leur inventivité, la vraie valeur du blues. Un art séculaire façonné par les rencontres, les échanges, les soubresauts de « L’épopée des Musiques Noires ».

 

Jean-Jacques Milteau, Harrison Kennedy et Vincent Segal à Coutances, le 23 mai 2017. © Pierre-Yves Le Meur

 

Si ces trois virtuoses démontraient que les altérités individuelles n’interdisaient pas la complicité, devait-on se satisfaire de ce seul exemple scénique frappant pour géolocaliser les racines du blues ? En observant l’autre étoile de la soirée, le guitariste et chanteur américain Lurrie Bell, le retour aux fondamentaux orientait notre investigation vers un vocabulaire plus viscéral. Soudain, le Chicago Blues de ce flamboyant personnage nous rappelait, qu’au-delà des évolutions progressives, la force expressive du peuple noir était une matrice et imposait, de fait, une exigence et une rigueur historiques. C’est bien dans la douleur et les humiliations que la communauté noire américaine a cherché un exutoire. Ce cri de rage est celui de la diaspora africaine malmenée depuis des siècles, et dont la quête de liberté a un nom : le Blues !

 

Harrison Kennedy, Jean-Jacques Milteau et Vincent Segal au micro de Joe Farmer. © RFI/Joe Farmer

Convoquer les grandes figures noires d’antan, B.B King, Ray Charles, Marvin Gaye, Muddy Waters ou Willie Dixon, lors de prestations de haute volée, nous indique une fois de plus que la sève des pionniers du blues nourrit toujours l’élan créatif des icônes d'aujourd'hui. Depuis plus de 30 ans, « Jazz sous les Pommiers » œuvre pour l’ouverture au monde mais préserve farouchement la source africaine de tous ses accents multicolores…

Le site du Festival Jazz sous les Pommiers
 

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