Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

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Ni noires, ni blanches…

© Getty images/NBC/NBCU Photo Bank

Étudier les échanges interculturels que l’histoire des peuples de la planète nous suggère est un exercice périlleux tant le dialogue, contraint ou consenti, des traditions séculaires a fait naître une myriade de couleurs sonores inédites. Le journaliste Bertrand Dicale s’est pourtant essayé à démêler le vrai du faux, à dénouer l'enchevêtrement des genres musicaux pour nous offrir une lecture plus juste et pertinente de la créolité dans le monde.

Son ouvrage, riche, savant et exigeant, « Ni noires, ni blanches : Histoire des musiques créoles » (Ed. La Rue Musicale), interpelle nos connaissances réelles de « L’épopée des Musiques Noires », allant jusqu'à nous interroger sur le bien fondé du terme « Musiques Noires ». Faut-il chercher à délimiter les musiques d’inspiration africaine à travers une définition moins globale, moins abstraite ? Cette problématique traduit-elle notre inculture ? Sommes-nous encore ignorants de notre aventure humaine commune ? Si « Musiques Noires » est une dénomination générique, elle revendique. Elle affirme la place et la valeur des traditions africaines dans le processus de créolisation.

 

Dizzy Gillespie. © Getty images/Paul Bergen/Redferns

 

Quand le trompettiste Dizzy Gillespie jouait avec les tonalités calypso de Trinidad et le jazz americain, produisait-il une musique créole ? Le jazz est-il créole ? Il est clair que l’addition ou la juxtaposition des cultures dessine irrémédiablement les contours d’un espace de création harmonieusement perceptible. Le fruit de ce dialogue musical ancestral nous parvient aujourd'hui plus serein et assumé qu’autrefois. Il n’était pas rare jadis qu’une opposition germe entre les différents gardiens d’un patrimoine. Le chanteur trinidadien George Browne alias Young Tiger s’amusait en 1956 à qualifier le Be Bop americain de « monstruosité » repoussant ainsi toute tentative de fusion jazz caribéenne.

 

«Calypso Time», George Browne alias Young Tiger.

 

Au-delà des joutes mélodieuses d’hier, l’irruption de nouveaux accents sonores est davantage l’écho d’un destin commun plus que d’une confrontation ethnique. Certes, les brimades et humiliations ne peuvent être minimisées, mais Blancs et Noirs devaient appréhender ensemble une nouvelle terre. Ils ne pouvaient s’ignorer. Entendre le saxophoniste et chef d’orchestre haïtien, Nemours Jean Baptiste, interpréter en 1958 des contredanses inspirées de quadrilles français du second empire, révèle l’inextricable lien qui unit colons européens et esclaves africains.

Mâtiner l’académisme classique d’ornementations merengue, voire bantou, était-il un acte de revendication ? Bertrand Dicale dénonce l’idée que les musiques créoles aient pu être, jadis, politiques. Si les œuvres contestataires ne manquent pas dans le jazz, le reggae, le gwoka ou le maloya, il y voit davantage une distorsion de l’histoire. Toutes ces identités ne militaient pas, elles symbolisaient les rites et codes mulâtres d’un nouveau monde.

Le site de la Philharmonie de Paris: «Bertrand Dicale explore la culture créole»

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