Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Une causerie avec Quincy

Quincy Jones, le 12 juillet 2017 à Montreux. © RFI/Joe Farmer

Le 13 juillet 2017 à Montreux en Suisse, le célèbre Quincy Jones présentait en compagnie de son nouvel associé, Reza Ackbaraly, une plate-forme Internet entièrement dédiée au jazz et aux musiques connexes, intitulée Qwest TV, sur le modèle de Qwest Records, le propre label de Quincy Jones. Cette aventure audiovisuelle sera officiellement mise en ligne cet automne mais, en marge de cette création multimédia novatrice, l’illustre Quincy Jones prit le temps de deviser sur le jazz, ses préoccupations actuelles, son souci d’aider la jeune génération et l’impérieuse nécessité d’entretenir le patrimoine.

Lorsque le 17 octobre 1951, Quincy Jones intègre le grand orchestre de Lionel Hampton en qualité de trompettiste, il n’imagine sûrement pas que son épopée durera plus de 60 ans. Ses prouesses de jeune soliste émérite sont encore timides à l'époque et, conscient de ses propres limites d'instrumentiste, il préfère choisir une autre voie, celle de directeur musical et d’arrangeur pour de nombreuses personnalités du jazz d’alors, Sarah Vaughan, Count Basie, Dizzy Gillespie, ou son ami Ray Charles. À la fin des années 50, Quincy Jones s’installe à Paris où il étudie la composition auprès de la célèbre pianiste et pédagogue Nadia Boulanger. Période éminemment importante pour ce jeune talent, en quête de savoir, qui peaufine ses connaissances du répertoire classique, tellement utile pour écrire des œuvres pour grands orchestres swing, discipline vers laquelle il s’orientera avec brio au tournant des années 60.

 

Quincy Jones présente Qwest TV, le 13 juillet 2017 à Montreux. © FFJM 2017

 

Après cinq ans d’une vie parisienne intense où il se fait de nombreux amis (le producteur Eddie Barclay notamment), Quincy Jones décide de rentrer aux États-Unis. Son statut de jeune chef d’orchestre, compositeur et arrangeur de talent, facilite ses collaborations avec les grandes figures d’antan dont Tony Bennett et Frank Sinatra. Le succès est là et Quincy Jones a le vent en poupe. Il multiplie les expériences, devient le vice-président du label Mercury, écrit des musiques de films et des génériques de feuilletons télévisés. C’est aussi à cette époque qu’il s’engage, aux côtés de Martin Luther King, dans le mouvement des droits civiques. Il soutient financièrement des associations et des instituts culturels gérés par la communauté noire. Il devient un acteur essentiel du bouillonnement social de l’Amérique des sixties.

À l’aube des années 70, rien ne semble résister à l’ascension vertigineuse de Quincy Jones. Il travaille avec Duke Ellington sur une émission de télévision consacrée à ce grand chef d’orchestre et flaire assez vite l’humeur changeante du moment. La Soul, le Funk sont les nouvelles formes d’expression que les jeunes plébiscitent. Il envisage donc de se tourner vers ces nouveaux courants musicaux en vogue mais, en août 1974, sa miraculeuse épopée s’interrompt brutalement. Victime d’une rupture d’anévrisme, Quincy Jones échappe de peu à la mort et met à profit de longs mois de convalescence pour reconsidérer sa destinée. Quitte à devoir mettre en sommeil ses prestations en studio, autant se consacrer à des activités récréatives. Il fonde donc son propre label, Qwest Records, et signe quelques personnalités d’envergure, dont un certain George Benson. La suite, on la connaît, Quincy Jones est sur tous les fronts et sait parfaitement dénicher les futures étoiles du jazz, de la pop, du funk, de la soul. Son talent de producteur propulsera Michael Jackson au sommet de la gloire !

 

: Quincy Jones sur la scène de l'auditorium Stravinsky à Montreux, le 2 juillet 2017. © FFJM 2017 / Lionel Flusin

 

Depuis cette époque étincelante, Quincy Jones a toujours cherché à aider de jeunes artistes en devenir dont il sent instantanément le potentiel. Les Jacob Collier, Alfredo Rodriguez, Nikky Yanovsky ou Justin Kauflin sont ses nouveaux poulains, et il se pourrait bien que ces noms-là scintillent au XXIe siècle grâce au coup de pouce de Quincy Jones. Du rock'n'roll balbutiant à la sono mondiale, Quincy Jones a tout connu, et s’est nourri de ses évolutions et révolutions musicales. Il a étudié le répertoire classique européen comme le jazz américain. Il a méticuleusement construit son édifice artistique. S’entretenir avec Quincy Jones, c’est ouvrir un livre d’histoire dont le dernier chapitre reste encore à écrire…

Le site de Quincy Jones

Le site du festival de jazz de Montreux

Le site de TV Qwest