Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

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Dee Dee Bridgewater revient à Memphis

Dee Dee Bridgewater, le 12 juin 2017 à Paris. © Christian Rose

Il y a 10 ans, au studio Bogolan à Bamako au Mali, la chanteuse américaine Dee Dee Bridgewater enregistrait l’album Red Earth, en compagnie de grandes voix africaines dont la regrettée Ramata Diakité. Ce disque était le point de départ d’une quête existentielle qui l’amènera à rechercher ses racines ancestrales sur la terre rouge d’Afrique de l'Ouest. Nous voilà en 2017, et Dee Dee Bridgewater a affiné son voyage identitaire en suivant la route des esclaves jusqu'à Memphis, dans le Tennessee, où elle vit le jour le 27 mai 1950. Ce long cheminement spirituel, de ses lointains aïeux africains à sa ville natale, a fait germer l’idée d’une production ambitieuse : la continuité logique et naturelle d’une épopée au cœur de la culture noire.

Il est important de savoir ce que représente la ville de Memphis dans « L’épopée des musiques noires ». C’est là que le croisement des genres musicaux a eu lieu au milieu des années 50. C’est là que le blues noir a rencontré la country blanche et fait naître le rock’n’roll. Elvis Presley en est le meilleur exemple. C’est là que la Soul sudiste matinée de gospel a vu l’irruption d’un certain Otis Redding. C’est là que les plus grands orateurs militeront pour l’égalité raciale. Martin Luther King y laissera sa vie. C’est là, dans cette ville bouillonnante et captivante, que Dee Dee Bridgewater naquit et qu’elle tente aujourd’hui de retrouver les traces indélébiles de sa prime jeunesse.

Pour beaucoup, l’âge d’or de la Soul-Music aux États-Unis, ce sont les années 60. Plusieurs compagnies de disques se font alors concurrence. Motown Records et Stax Records notamment. Motown était installé au nord du pays, à Détroit. Stax était au sud, à Memphis. Motown avait une tonalité consensuelle et pop. Stax produisait des disques plus rugueux et artisanaux. Motown a révélé Stevie Wonder, les Jackson Five et Marvin Gaye. Stax a promu Otis Redding, Wilson Pickett et les Staples Singers. Chacun avait sa spécificité. Et Dee Dee Bridgewater, gamine, écoutait tout cela avec beaucoup d’attention.

 

Dee Dee Bridgewater à l'Institut Thelonious Monk, en 2014. © Lawrence K. Ho/Los Angeles Times via Getty Images

 

Quand on décide de revitaliser un patrimoine musical aussi important que celui de Memphis, l’enjeu est de taille, car adapter les classiques d’antan peut parfois se montrer périlleux. Soutenue par le producteur Lawrence "Boo" Mitchell, patron des célèbres Royal studios de Memphis qui ont vu passer en 60 ans tout le gotha de la Soul sudiste, de Solomon Burke au duo Ike & Tina Turner, sans oublier Al Green, Buddy Guy et même Chuck Berry, Dee Dee Bridgewater a osé toucher à ce que les puristes appellent le Saint des Saints, mais plutôt que de proposer une relecture calquée sur l’originale, elle s’est amusée à redéfinir les contours Blues et Soul de ces joyaux d’autrefois.

De Precious Lord magnifié jadis par Aretha Franklin à Don’t be cruel inscrit dans le marbre par Elvis Presley, Dee Dee Bridgewater s’est attaquée à des monuments de l’histoire musicale mondiale. La tessiture de sa voix et les subtils arrangements du saxophoniste Kirk Whalum ont donné de la pertinence à ses interprétations. Gageons que le public américain saura apprécier à sa juste valeur l’effort de réhabilitation d’un héritage qu’il tend, trop souvent, à mésestimer.

 

© Okeh Records

 

Les spectateurs européens, souvent plus avertis, auront cet automne la primeur de ce nouveau disque intitulé Memphis… Yes, I’m ready! (Okeh Records/Sony Music) que Dee Dee Bridgewater présentera sur la scène de La Cigale à Paris, les 7 et 8 novembre 2017.

Le site de Dee Dee Bridgewater