Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

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Don Bryant, patience et longueur de temps…

Don Bryant en concert, le 19 juin 2017, à Memphis (Tennessee). © Greg Campbell/WireImage for The Recording Academy

En 1969, le chanteur de soul-music Don Bryant enregistrait son tout premier album à Memphis, dans le Tennessee. 50 ans plus tard, il fait paraître enfin un second album intitulé "Don’t give up on love". À 75 ans, ce fringant interprète du patrimoine noir américain reconnaît volontiers avoir davantage évolué dans l’ombre de ses héros en tant que compositeur et parolier. Plus de 150 titres issus de « L’épopée des Musiques Noires » sont signés Don Bryant. Il est, par exemple, l’auteur du classique "I can’t stand the rain" immortalisé en 1973 par la chanteuse Ann Peebles.

Œuvrant dans les coulisses, laissant ses homologues et amis briller dans la lumière, Don Bryant a été la cheville ouvrière du label Hi Records dirigé par le trompettiste, chef d’orchestre et producteur Willie Mitchell. Discrètement, Don Bryant écrivait la bande-son d’une époque mise en musique par les grandes figures d’alors, Al Green, Solomon Burke, Albert King, Etta James ou Otis Clay. Incapable de choisir entre l’écriture et l’interprétation, Don Bryant passera une bonne partie de sa prime jeunesse sur scène et hors de scène. Ne parvenant pas vraiment à se distinguer en qualité de chanteur, il doutera de ses capacités vocales réelles, et s’en remettra au jugement de son parrain et mentor Willie Mitchell.

 

Don Bryant à Paris, le 4 septembre 2017. © Christian Rose

 

Devenu un acteur essentiel du label Hi Records, auprès de son prestigieux employeur, Don Bryant ne comptera pas ses heures pour enrichir le catalogue de cette frêle maison de disques, en composant jour et nuit des mélodies accrocheuses, dont certaines connaîtront un franc succès et identifieront une époque précise, celle de l’Amérique noire en pleine révolution sociale. Témoin du mouvement des droits civiques au cœur des années 60, Don Bryant se fait aujourd’hui l’écho du quotidien parfois glorieux, souvent douloureux, de la communauté afro-américaine toujours confrontée aux dérives d’une administration embourbée dans ses contradictions.

Lorsque l’on entend Don Bryant chanter, sa voix semble implorer l’écoute de ses contemporains, comme une prière gospel du prêcheur face aux ouailles d’une église baptiste. Don Bryant est un homme bon et, malgré les vicissitudes de son existence, il continue de croire au pouvoir de la générosité et du partage. Il s’inquiète seulement de l’état d’esprit morose et sombre de la jeune génération qui, à ses yeux, ne s’intéresse pas suffisamment aux enseignements de ses aînés. Gageons que la musicalité Soul authentique de Don Bryant captera l’attention d’un public curieux de découvrir les valeurs de tolérance et d’amour portées par un répertoire vibrant et sincère.

 

Don Bryant. © Fat Possum Records

 

Don Bryant sur le site de Fat Possum Records.