Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

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Le centenaire de Monk

Le pianiste Thelonious Monk en 1960. © Getty images/John Bulmer

Né le 10 octobre 1917 à Rocky Mount en Caroline du Nord, le pianiste Thelonious Monk est sûrement l’un des virtuoses les plus incompris de la planète jazz. Son jeu, son attitude, ses réflexions, sa gestuelle, ont longtemps déconcerté le public comme les critiques. Ce n’est que tardivement que son talent de compositeur et d’instrumentiste fut salué par les historiens et musicologues. Il fut pourtant parmi les créateurs d’un genre musical qui bouscula « L’épopée des Musiques Noires » : le Be Bop.

Lorsque, dans les années 40, une jeune génération de jazzmen fougueux ébranle le swing des grandes formations d’antan, personne ne réalise vraiment qu’une révolution artistique, et bientôt sociale, transforme le paysage sonore des États-Unis. Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Miles Davis, Thelonious Monk sont alors de jeunes gens bien décidés à dépoussiérer le répertoire de leurs aînés en se produisant au sein de petits orchestres agiles, véritables pieds de nez aux imposants big bands des Duke Ellington, Cab Calloway, Jimmy Lunceford.

La musique, elle aussi, évolue… Le Be Bop est plus direct, inventif, exigeant, sérieux. Il reflète un désir profond de respectabilité. Les nouveaux venus ne veulent plus être considérés comme des amuseurs publics. L’époque des sourires dociles est révolu. C’est désormais une fronde afro-américaine qui s’exprime. Le jazz doit être perçu comme un art majeur. En pleine ségrégation raciale, cette posture courageuse identifie très vite un son et un mouvement qui marqueront le XXème siècle. Thelonious Monk fait partie de ces agitateurs qui défient la norme et le consensus. Peu bavard, ses déclarations parfois cinglantes traduisent instantanément l’état d’esprit des trublions d’alors.

 

© Editions Lenka Lente

 

Le pianiste et auteur, Jacques Ponzio, a rassemblé, dans un abécédaire paru aux éditions Lenka Lente, les mots de Thelonious Monk recueillis, au fil des années, par ses homologues musiciens et confrères journalistes. On découvre alors l’humour, l’intelligence, la perspicacité d’un personnage qui ne cesse de surprendre. Et l’on comprend peut-être un peu mieux la musicalité spécifique d’un pionnier trop vif pour ses contemporains.

Ses héritiers sont nombreux, mais rares sont ceux à avoir su capter l’intention du maestro. Laurent De Wilde est, sans doute, parmi les plus fidèles disciples du légendaire pianiste. Son groupe actuel, le New Monk Trio, parvient à réinventer avec révérence et pertinence l’héritage de Thelonious Monk. Il le prouvera d’ailleurs face aux caméras de la chaîne franco-allemande Arte le 10 octobre (jour du centenaire de Monk), le 26 octobre au Bal Blomet (Paris), et du 4 au 6 décembre 2017 au Duc des Lombards (Paris).

 

Le New Monk Trio de Laurent de Wilde. © Gazebo Records

 

 

Le site de l'Institut Thelonious Monk