Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Le centenaire de Dizzy Gillespie…

Dizzy Gillespie en concert à Hollywood, Los Angeles, 1985. © Getty images/Martin Mills

Il y a 100 ans, le 21 octobre 1917, la petite ville de Cheraw, en Caroline du Sud, voyait la naissance d’un futur géant du jazz. Il s’appelait Dizzy Gillespie, et a bouleversé le paysage musical afro-américain tout au long du XXème siècle. Trompettiste, chef d’orchestre, compositeur, activiste, il a été l’un des hommes-clés de "L’épopée des Musiques Noires", d’abord aux Etats-Unis, puis dans le monde entier. Pour bien comprendre l’importance de ce personnage dans l’évolution culturelle de notre temps, il faut impérativement replacer en contexte l’époque à laquelle a grandi et vécu cette figure essentielle du jazz et des musiques noires en général.

Dizzy Gillespie voit le jour dans le Sud ségrégationniste d’une Amérique très raciste. Tout gamin, il réalise que la couleur de sa peau le distingue dans cette société blanche dite dominante où les descendants d’esclaves sont encore des "nègres" que l’on traite comme des citoyens de seconde classe. Bien qu’il affiche un sourire innocent et une attitude plutôt sociable, Dizzy Gillespie va progressivement apprendre à résister aux humiliations. Sa meilleure défense devient la musique dans laquelle il se plonge pour esquiver l’oppression et trouver un équilibre psychologique, comme un rempart aux brimades du quotidien.

Avec quelques-uns de ses homologues, Charlie Parker en tête, il invente une forme d’expression, le Be Bop, que les Blancs ne peuvent pas comprendre. Il ne renie pas le swing docile de ses aînés, il acquiert seulement la posture d’un résistant qui, faute de pouvoir clamer haut et fort son statut de citoyen américain, revendique en musique sa place, son rôle, sa détermination de jeune trentenaire fougueux à faire évoluer les mentalités au cœur des années 40. Il compose notamment en 1946, Things to come, l’un des titres les plus difficiles à interpréter pour tout soliste, même virtuose, sur cette planète. Cela démontre l’esprit frondeur de son auteur qui tentait de faire entendre sa colère à une époque où les Noirs étaient encore bâillonnés par l’administration blanche américaine. Dizzy Gillespie, insidieusement, fera avancer la cause africaine-américaine aux Etats-Unis, et son exemple inspirera de nombreux musiciens à l’échelle internationale.

 

Dizzy Gillespie. © Michael Ochs Archives/Getty Images

 

Dans les années 50, la société américaine n’ayant toujours pas accepté d’accorder aux Noirs la liberté à laquelle ils aspirent, nombre d’entre eux trouvent refuge en Europe et, principalement, en France, où l’air est plus… Respirable ! Le 9 février 1953, Dizzy Gillespie donne un concert à la salle Pleyel à Paris, devant un public beaucoup plus enthousiaste et averti que de l’autre côté de l’Atlantique. Le Be Bop fait sensation et l’on se presse pour applaudir ces jazzmen venus de loin. Les journalistes et critiques musicaux se montrent curieux et parfois circonspects face à cette vague jazz qui déferle sur la France. Dizzy Gillespie semble alors montrer un intérêt croissant pour les musiques issues du continent africain. Bien qu’il soit encore très difficile de militer pour une identité communautaire forte aux Etats-Unis, une fois encore, la musique va devenir un vecteur d’émancipation et de contestation auquel les autorités devront faire face sans vraiment savoir comment y répondre. C’est ainsi, qu’au fil des décennies, l’ouverture d’esprit de Dizzy Gillespie va distiller un parfum d’universalisme salvateur.

Alors que le bouillonnement social agite le conservatisme américain au cœur des années 60, Dizzy Gillespie enfonce le clou en proposant une musique toujours plus multicolore et enracinée dans l’âme noire. Sa volonté d’être perçu comme un artiste altruiste, généreux, et à l’écoute du monde, est un pied de nez aux velléités belliqueuses de certains de ses contemporains. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’il tente d’ouvrir les yeux et les oreilles d’une Amérique embourbée dans ses contradictions. Déjà en 1947, il s’était associé au percussionniste cubain Chano Pozo pour écrire un classique jazz métisse intitulé Manteca. 15 ans après Chano Pozo, c’est Ray Barretto qui aura l’honneur de siéger dans l’orchestre de Dizzy Gillespie. Dès lors, la musique du trompettiste deviendra un arc-en-ciel sonore illuminé par les traditions culturelles d’instrumentistes venus de tous horizons. A la fin de sa vie, Dizzy Gillespie parcourait le monde avec son orchestre des "Nations Unies", et se faisait un plaisir de présenter, aux spectateurs de la planète, ses nouvelles recrues qu’il encourageait sur scène et hors de scène. L’ultime tournée de 1991 révéla quelques jeunes musiciens émérites, dont le saxophoniste portoricain David Sanchez, mais permit également au maestro d’inviter des amis de longue comme sa sœur sud-africaine Miriam Makeba. 100 ans après sa naissance, l’aura de ce légendaire diplomate du jazz continue de susciter la révérence de ses héritiers et admirateurs.

 

Dizzy Gillespie en concert à La Haye, en 1991. © Getty images/Paul Bergen/Redferns

 

Le site de Dizzy Gillespie

Le site de Cristal Records "The extravagant Mr Gillespie"