Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Griot Blues

Baba Sissoko et Mighty Mo Rodgers à RFI. © Christian Rose

Lorsque deux griots venus de contrées différentes se rencontrent, ils ne peuvent que partager leur expérience respective, et transmettre au monde un message de paix et de tolérance universelle. L’Américain Mighty Mo Rodgers et le Malien Baba Sissoko se sont immédiatement compris quand, au hasard d’une tournée en Lituanie, leur route et leur destin se sont croisés. L’échange naturel, instinctif, entre ces deux porte-paroles de "L’épopée des Musiques Noires" a fait naître un album profondément sensible où le blues africain ancestral dialogue avec son écho américain. Griot Blues est bien plus qu’une rencontre, c’est le lien transatlantique d’une histoire culturelle millénaire.

S’ils ne furent pas les premiers à tenter l’expérience d’une entente musicale panafricaine, l’union spirituelle de ces deux penseurs invite à l’examen de conscience. Jusqu’alors, les contacts africains-américains se limitaient à l’exploration de langages sonores spécifiques. En 1994, Ry Cooder et Ali Farka Touré apprenaient à se connaître. En 2003, Corey Harris et Ali Farka Touré entamaient une conversation constructive et utile. En 2017, Mighty Mo Rodgers et Baba Sissoko développent un discours qui épouse les préoccupations planétaires. Leur verve et leur virtuosité insistent sur le devoir impératif de communiquer, de s’indigner, d’espérer.

 

Baba Sissoko et Mighty Mo Rodgers à RFI. © RFI/Joe Farmer

 

Ce ton revendicatif n’est pas victimaire, il alerte sur les dérives belliqueuses de nos sociétés et cherche l’apaisement. Face aux récents soubresauts africains et américains, (les relents racistes des suprémacistes blancs aux États-Unis, la déstabilisation de la démocratie au Mali), les mots de ces deux grands orateurs valorisent l’engagement citoyen. Mighty Mo Rodgers ne parle pas bambara, Baba Sissoko ne parle pas anglais, mais leur volonté farouche de contrer les partisans du chaos suffit à créer une unité artistique salvatrice et une compréhension mutuelle.

Certes, le blues américain est né de la souffrance de l’esclavage, mais son origine est tamasheq, comme aimait le clamer le regretté Ali Farka Touré. Il était alors l’expression d’un peuple, d’une culture, d’une tradition qui n’avait pas encore été altérée par la violence de la déportation vers les Amériques. Baba Sissoko souligne d’ailleurs que le terme "blues" est impropre à la genèse de cet art majeur. Il préfère mettre en relief l’Amadran, l’essence de la tonalité africaine dans le monde.

 

Mighty Mo Rodgers et Baba Sissoko à RFI. © Christian Rose

 

Connaître l’histoire des patrimoines est une exigence qui anime les esprits éclairés. Mighty Mo Rodgers et Baba Sissoko ne cessent de le répéter. Leur album commun en est la traduction incontestable.

Le site de Baba Sissoko

Le site de Mighty Mo Rodgers

Le site de Griot Blues