Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Lucky Peterson salue Jimmy Smith

Lucky Peterson. © Jean-Marc Lubrano/Accent Presse

Les prouesses guitaristiques du bluesman Lucky Peterson ont un peu éclipsé ses talents d’organiste. Pourtant, c’est bien à l’orgue Hammond B3 que le jeune Lucky «Judge Kenneth» Peterson débuta sa prodigieuse carrière à l’âge de… 5 ans ! Dès sa plus tendre enfance, ses aînés l’invitaient à parfaire sa technique pianistique. L’un des maîtres d’alors s’appelait Jimmy Smith. Il paraissait naturel que son élève souhaite lui rendre aujourd’hui un vibrant hommage.

D’abord joué dans les églises, l’orgue Hammond a progressivement quitté les offices religieux pour d’autres lieux de célébration œcuménique, les clubs de jazz des grandes cités noires américaines. Au fil des décennies, de véritables virtuoses ont su populariser l’exercice profane de cet instrument longtemps condamné à ne servir que les cantiques et les prêches des grands orateurs. Bill Doggett, Wild Bill Davis, Dr Lonnie Smith et Jimmy Smith, entre autres, ont été aux avant-postes de cette démocratisation inéluctable.

Enfant, Lucky Peterson observait tous ces pionniers qui s’illustraient au «Governor’s Inn», une adresse que les musiciens de passage à Buffalo (New York) connaissaient parfaitement. Cet établissement réputé appartenait à James Peterson, le père du jeune Lucky qui ne manquait jamais les prestations enflammées de ces artistes aguerris. Il lui arrivait même de répondre à leur invitation en les rejoignant quelques instants sur scène. C’est ainsi qu’il développa son goût pour l’orgue Hammond B3. Le vétéran Jimmy Smith se prit d’affection pour ce gamin fort talentueux, dont les doigts semblaient virevolter sur le clavier mis à sa disposition.

Jimmy Smith, 1995, à La Haye. © Frans Schellekens/Redferns/Getty images

Profondément attristé par la disparition de son mentor en 2005, Lucky Peterson a longtemps hésité à saluer sa mémoire. Il voulait une révérence digne. Quand il eut l’assurance de pouvoir réunir les musiciens capables d’honorer son illustre parrain, il se mit à travail et enregistra un album frissonnant. Ce disque paraît enfin et revitalise avec grâce le répertoire du regretté Jimmy Smith. Soutenu par d’impeccables instrumentistes, dont le légendaire saxophoniste Archie Shepp (80 ans), Lucky Peterson a réussi à insuffler la fougue Blues et Soul de son ancien chaperon.

Tellement fier du résultat, il reprend aujourd’hui la route, et fera vivre la musique de Jimmy Smith à travers toute l’Europe jusqu’en avril 2018. Soit, une quarantaine de dates en France, Angleterre, Écosse, etc. On annonce même un réveillon du Nouvel An plutôt groove à Paris au Duc des Lombards. Vivement !

Le site de Lucky Peterson

De gauche à droite: Herlin Riley, Lucky Peterson, Archie Shepp, Kelyn Crapp, Nicolas Folmer. © Jean-Marc Lubrano/Accent Presse