Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Bessie Smith, l’impératrice !

Bessie Smith. © Getty images/Bettmann/Contributeur

Narrer la destinée de la chanteuse Bessie Smith, c’est se plonger dans l’Amérique noire des années 1920-1930, quand la ségrégation raciale pénalisait au quotidien le devenir de millions d’Afro-Américains. L’échappatoire à cette vie de constante oppression était souvent la musique. C’est cette voie salvatrice que choisit l’impératrice du Blues, telle que nous la raconte le journaliste et auteur, Stéphane Koechlin, dans son dernier ouvrage paru chez Castor Astral.

Il y a 100 ans, la communauté noire aux États-Unis devait affronter les brimades et humiliations permanentes d’une société profondément raciste convaincue du bien fondé de sa politique castratrice, à l’égard de citoyens dits de "seconde classe". Il arrivait cependant parfois que des tempéraments plus frondeurs résistent aux intimidations et aux exactions des autorités. Dans le Sud, la violence raciale était monnaie courante et les promesses d’avenir restaient très rares. L’histoire de Bessie Smith est, à cet égard, une exception.

Née en 1894 dans le Tennessee, elle connaîtra, comme nombre de ses contemporains, la misère, les frustrations, la solitude, dès sa plus tendre enfance. Livrée à elle-même à l’âge de 9 ans, après la mort de ses parents, elle trouvera la force de grandir auprès de sa sœur Viola. Elle acquiert alors ce caractère entier et rebelle qui fera, bien plus tard, sa renommée. Contrainte, pour survivre, de quadriller ce grand pays hostile qui l’a pourtant vue naître, Bessie Smith croise la route de gloires locales dont la destinée l’inspire, Mamie Smith et Ma Rainey, entre autres…

 

Bessie Smith, en 1925, à New York. © Edward Elcha/Michael Ochs Archives/Getty Images

 

Ce n’est qu’en 1923 que son épopée s’accélère. Après moult revers et déboires, trahisons et compétitions déloyales, elle parvient enfin à entrer en studio pour enregistrer un premier titre pour le label Columbia. Downhearted Blues est aujourd’hui un classique de son répertoire, mais que de vicissitudes pour faire entendre sa voix chaude et insoumise. Bessie Smith sera rapidement couronnée "Reine du Blues" et bientôt "Impératrice du Blues". Sa personnalité intransigeante tranchera singulièrement avec la docilité d’une population noire apeurée, contrainte à la servitude et à la résignation.

Bessie Smith, elle, prendra le pouvoir et sa notoriété imposera le respect. On l’imagine alors régner longtemps sur l’industrie des "Race Records", mais le choc économique de 1929 pénalisera subitement sa carrière. Les années 30 seront plus incertaines et le coup de grâce surviendra le 26 septembre 1937. Alors qu’elle se dirige vers Clarksdale, dans le Mississippi, conduite par son ami et confident Richard Morgan, elle est victime d’un accident de voiture qui lui sera fatal. Tardivement prise en charge dans un hôpital uniquement réservé aux Noirs, elle succombe à ses blessures et entre précocement dans la légende. Plus de 80 ans après sa disparition, son aura continue de susciter l’admiration. Bessie Smith a laissé une trace indélébile que revendiquaient Billie Holiday, Nina Simone ou Janis Joplin. Elle fut et reste une icône pour la communauté noire à l’échelle internationale.

L'ouvrage Bessie Smith, de Stéphane Koechlin chez Castor Astral

 

Stéphane Koechlin à RFI. © RFI/Joe Farmer