Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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50 ans de rêve éveillé (5ème Partie)

Martin Luther King, le 29 mars 1966, à Paris au Palais des Sports, pour le Mouvement pour la Paix. © AFP

Pour envisager un futur possible, il faut connaître son passé et en tirer des leçons. Quand le bluesman Big Bill Broonzy évoque à la salle Pleyel à Paris, en 1952, la dure réalité de la population noire dans le Sud des États-Unis, il n’imagine pas que ses mots épouseront quelques années plus tard la fronde de la communauté africaine-américaine. Entendre le blues des noirs d’Amérique est, certes, une façon de ressentir leur mal-être mais il serait injuste de réduire la destinée d’un peuple à une représentation victimaire partielle.

La journaliste et photographe, Panny Mayfield, est aujourd’hui la mémoire des habitants de Clarksdale et de sa région. Son dernier ouvrage, Live From the Mississippi Delta réunit quelques 200 photos inédites de personnalités et d’anonymes ayant, chacun à leur place, accompagné « L’épopée des musiques noires » depuis 50 ans. Son œil expert a su capter le quotidien de citoyens dont la vie simple a rythmé les moments clés de l’histoire. Panny Mayfield n’est évidemment pas la seule à rendre compte avec sensibilité des conditions de vie misérable des noirs autrefois. Le combat des afro-américains se poursuit aujourd’hui sous différentes formes.

 

Le livre de Panny Mayfield ©University Press of Mississippi

L’une des manifestations de cette lutte constante pour l’égalité sociale a été l’inauguration en décembre 2017 à Jackson du musée des droits civiques du Mississippi, un immense complexe où le récit de 4 siècles d’esclavage et de ségrégation raciale vous submerge tant la mise en perspective est prodigieusement conçue. Pamela Junior, la bouillonnante directrice de cet édifice imposant, ne dirige pas seulement un lieu patrimonial d’envergure, elle milite pour une pédagogie réelle afin que la jeune génération s’empare de cet héritage parfois sombre mais tellement instructif. Des groupes scolaires arpentent d’ailleurs régulièrement ce musée avec leurs professeurs. Ils prennent ensemble conscience de l’impérieuse nécessité de connaître les soubresauts d’une nation, les heures glorieuses comme les zones d’ombre. La musique n’est jamais absente. Toutes les 30 minutes, les hymnes du répertoire gospel inondent cette jeune bâtisse déjà très fréquentée. La bande son d’une époque lointaine assemble judicieusement les différents éléments de ce puzzle historique que Pamela Junior soumet à ses visiteurs.

 

L’une des galeries du musée des droits civiques du Mississippi à Jackson. © RFI/Joe Farmer

 

Il est, de surcroît, essentiel que les témoins d’antan s’expriment. Myrlie Evers, Hollis Watkins ou Alyce Clarke ne sont pas des noms connus mondialement mais chacun d’eux a œuvré pour obtenir un statut digne et incontestable. Alyce Clarke, par exemple, est la première femme noire à avoir été élue au capitole du Mississippi. Son regard et ses mots choisis impressionnent. À bientôt 80 ans, elle garde en elle cette étincelle rebelle. Elle siège, depuis 1985, pour le parti démocrate, dans une assemblée qui, jadis, était désespérément blanche. Même si elle reconnaît que les crispations et les tensions raciales actuelles ne lui facilitent pas la tâche, elle veut faire évoluer la société avec la même rage qu’autrefois. Elle s’inquiète seulement des dérives racistes qui divisent et entretiennent les discriminations de toutes sortes.

 

Alyce Clarke, première femme noire élue au Capitole du Mississippi en 1985. © RFI/Joe Farmer

 

Pourtant, parfois, une lueur d’espoir héritée d’un grand orateur suscite l’admiration, l’émotion et le frisson. Le 24 mars 2018, Yolanda Renee King, petite fille du regretté Martin Luther King, haranguait une foule compacte à Washington comme pour défier, du haut de ses 9 ans, une administration très contestée, 50 ans après le soulèvement initial des partisans du mouvement non-violent.

Les reportages exclusifs présentés dans cette série d’émissions spéciales ont été réalisés avec le concours de Memphis Travel, Visit Mississippi, Équinoxiales et American Airlines.