Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Une ouverture afro-cubaine

Harold López Nussa en concert à Coutances le 10 mai 2018. © Jean-Yves Le Meur

L’ouverture progressive du régime cubain aux émanations culturelles de la planète crée les conditions d’un bouillonnement artistique enthousiasmant. La venue du formidable Harold Lopez-Nussa à Coutances, le 10 mai 2018, ne fut pas seulement l’occasion de saluer son incontestable maestria. Ce jeune pianiste a fait revivre la vigueur afro-cubaine des origines à la tête d’une formation composée de véritables virtuoses. Et pour enfoncer le clou, le festival Jazz sous les Pommiers invitait le lendemain, Seckou Keita, Omar Sosa et Gustavo Ovalles. Ces trois incroyables instrumentistes ont conversé en toute harmonie le temps de sceller les liens entre deux terres unies par « L’épopée des musiques noires », le Sénégal et Cuba.

 

© RFI/Joe Farmer
Harold López Nussa au micro de RFI.

 

Il y eut cependant deux approches à ce multiculturalisme intercontinental. Harold López Nussa s’inspirait clairement des expériences de ses aînés. De Dizzy Gillespie à Chano Pozo, de Chucho Valdès à Horace Silver, les clins d’œil aux héros du "Latin-Jazz" étaient évidents et pertinents.

 

© Francis Bellamy
Omar Sosa et Seckou Keita enthousiasment le public de Coutances le 11 mai 2018.

 

De leur côté, Messieurs Keïta, Sosa et Ovalles préféraient se laisser porter par la spiritualité de leurs ancêtres africains. Le dénominateur commun à ces somptueuses propositions musicales était, encore et toujours, une maîtrise parfaite de l’improvisation et des rythmes Afro-Caribéens. Sans forcément pouvoir déceler toutes les techniques instrumentales des solistes, le public put ressentir instinctivement la valeur de ces grands artistes à l’écoute de leurs prouesses stylistiques.Qu’elle soit intimiste ou franchement démonstrative, l’humeur sonore de chacun des musiciens démontre que le dialogue entre les traditions est possible. Réunir sur scène des instrumentistes originaires de Cuba, de Porto-Rico, du Venezuela ou du Sénégal réaffirme, si cela est encore nécessaire, l’universalité de la musique. Au-delà de la dimension purement créative de ces échanges, c’est une intention citoyenne qui s’exprime. Il s’agit de prouver que l’addition d’identités distinctes est une richesse, que converser avec son voisin est le premier pas vers un élan de paix, que s’ouvrir aux autres est le seul chemin possible pour éviter la défiance et les querelles de clochers.

 

© Marc Fichet
Gustavo Ovalles, Omar Sosa et Seckou Keita le 11 mai 2018.

Depuis 37 ans, la petite ville de Coutances en Normandie (Nord-Ouest de la France) œuvre pour que cette vision, ouverte et libre, trouve un écho chaque printemps durant une semaine de mélodieuses rencontres. Ne parle-t-on pas parfois de la diplomatie du jazz ? Les acteurs du changement ne sont pas forcément ceux qui haranguent les foules depuis une estrade électorale. Ils ont parfois le visage d’un simple, modeste et brillant compositeur, pianiste, percussionniste ou flûtiste dont les mots sont des notes, dont l’auditoire est le monde !