Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Entre Bach et Coltrane

Raphaël Imbert à la cathédrale de Coutances en Normandie, le 12 mai 2018 durant le festival «Jazz sous les Pommiers». © Jean-Yves Le Meur

Quitte à faire hurler les puristes, le saxophoniste français Raphaël Imbert tente, depuis de nombreuses années, de rapprocher le répertoire afro-américain et la musique classique européenne. Toujours plus audacieux, c’est dans une cathédrale, celle de Coutances, qu’il a invité le public du festival « Jazz sous les Pommiers » à découvrir les liens qui unissent Jean-Sébastien Bach et John Coltrane. Un sacré défi qui fait finalement davantage appel à l’improvisation qu’à la spiritualité. Oser une telle fusion entre deux mondes dits antagonistes n’est pas qu’un exercice de style. C’est l’affirmation que le dialogue, entre deux idiomes musicaux, est possible et souhaitable à une époque où les divisions l’emportent sur la concorde. C’est aussi un rappel utile d’une réalité historique : l’interdépendance culturelle entre blancs et noirs a été et reste une source de créativité et de compréhension mutuelle indispensable.

Historiens et musicologues reconnaissent pouvoir conjuguer aujourd’hui les patrimoines de la diaspora africaine et l’héritage européen dans le monde. Le pianiste américain Art Tatum ne jouait-il pas les œuvres du compositeur tchèque Antonín Dvorák ? Le trompettiste Wynton Marsalis n’est-il pas devenu un virtuose du répertoire de Joseph Haydn ? Ahmad Jamal ne qualifie-t-il pas son lyrisme jazz de "Musique Classique Américaine" ? La composition Black, Brown & Beige de Duke Ellington n’est-elle pas la première suite orchestrale classique d’un pianiste jazz ? Tous ces exemples démontrent l’échange, peut-être fortuit, mais constant, entre différentes formes d’expression qui, au fil des siècles, ont accompagné l’aventure humaine d’instrumentistes précieux animés par un désir artistique commun.

 

© RFI/Marc Fichet
Raphaël Imbert après son concert au festival « Jazz sous les Pommiers », le 12 mai 2018.

 

Certes, le choc du commerce triangulaire, de la traite négrière et du racisme institutionnalisé, a largement terni cette épopée sonore universaliste. Certes, nombre de grands compositeurs et interprètes noirs américains ont dû batailler pour se faire entendre. La pianiste Nina Simone serait, sans doute, devenue concertiste classique. Les noms de Paul Robeson ou Marian Anderson résonneraient, sans doute, avec plus de force dans notre inconscient collectif. On ne peut nier que la couleur de peau reste une fracture sociale qui pénalise les élans humanistes. De ce fait, trouver le dénominateur commun entre des harmonies et des rythmes ancestraux est une vraie gageure. Raphaël Imbert a très vite senti les réticences et crispations quand, il y a déjà 10 ans, il mariait, sans prosélytisme, mais avec un brin de malice, deux spiritualités, deux époques, deux génies créatifs, deux improvisateurs, deux visionnaires : Bach et Coltrane ! Un défi utile et pédagogique qui nourrit une pensée altruiste trop souvent moquée…

 

© Chuck Stewart/Impulse
John Coltrane.

 

Émission enregistrée les 11 et 12 mai 2018, à Coutances, nord-ouest de la France, de mélodieuses ornementations musicales élevaient nos rêveries et nos espoirs.

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