Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Brian Jackson, les notes d’un poète disparu

Brian Jackson à RFI, le 7 juin 2018. © Christian Rose

Longtemps considéré comme l’alter ego du poète Gil Scott-Heron, disparu en 2011, Brian Jackson ne veut pas que cette image, certes élogieuse, résume un peu hâtivement sa brillante carrière. Toujours à l’écoute des vibrations du monde, il poursuit sa quête de sonorités nouvelles, comme il le fit jadis avec les grandes figures de « L’épopée des Musiques Noires ». Si son statut d’orchestrateur de la contre-culture américaine, au cœur des années 70, lui colle à la peau, c’est davantage son rôle d’instrumentiste et de producteur avant-gardiste qui rythme la destinée de ce fringant sexagénaire.

L’évolution progressive des genres musicaux, la transformation sociale de l’Amérique noire et le besoin constant d’accompagner la fronde des artistes contemporains, tout cela légitime les œuvres et collaborations multiples de Brian Jackson avec les orateurs d’hier et d’aujourd’hui. En nourrissant le verbe de son ami Gil Scott-Heron de 1971 à 1980, les mélodies de ce flûtiste et pianiste de grand talent ont inspiré les créateurs des 30 dernières années. Immédiatement identifiable, la musicalité de Brian Jackson est devenue la bande son d’une époque. De nos jours, ses compositions continuent de susciter d’audacieuses adaptations ou échantillonnages par quelques rappeurs en vogue, de Kanye West à Kendrick Lamar.

 

Gil Scott-Heron en concert à Amsterdam, le 31 juillet 1987. © Getty images/Frans Schellekens/Redferns

 

Brian Jackson s’amuse de cette révérence plutôt flatteuse et n’hésita d’ailleurs pas à participer à son tour à divers projets alternatifs comme Evolutionary Minded en 2013. Entouré d’insoumis nommés Chuck D (Public Enemy), Mike Clark (The Headhunters), Killah Priest (Wu-Tang Clan) ou même Bobby Seale (Black Panthers), Brian Jackson accepta alors de raviver le discours revendicatif qu’il avait si bien mis en musique autrefois. Il serait cependant réducteur de ne retenir que les accents subversifs d’un esprit libre. Oui, Brian Jackson fut l’un des artisans de la contestation, il y a 40 ans, mais il a su appréhender avec perspicacité les soubresauts de son temps. Il s’est renouvelé, il est resté attentif. S’enthousiasmer pour une voix suave comme celle du crooner Will Downing n’est pas la volte-face d’un producteur prêt à tous les compromis pour exister dans l’industrie du disque. C’est savoir déceler le réel potentiel d’un interprète et tenter de le mettre en valeur. Brian Jackson a ce don-là. Il l’avait prouvé jadis en soutenant harmonieusement Gil Scott-Heron, ou en vantant 30 ans plus tard les mérites d’un jeune Gregory Porter encore inconnu.

 

Brian Jackson à RFI, le 7 juin 2018. © Christian Rose

 

En participant au Paris New-York Heritage Festival 2018, Brian Jackson ne veut pas seulement célébrer la diaspora africaine des deux côtés de l’Atlantique, il veut une nouvelle fois se confronter aux tonalités du présent et éviter l’écueil d’être une icône dépassée. Le 7 juin 2018, au contact du saxophoniste Ilhan Ersahin et du trompettiste Erik Truffaz, il voulait prendre des risques et se réinventer. C’est d’ailleurs l’intention de cette jeune manifestation annuelle : provoquer les rencontres et resserrer les liens qui unissent les virtuoses européens et américains. Quelle belle et courageuse initiative !

Le Paris New-York Heritage Festival 2018

 

© Paris New York Heritage Festival